Chapitre V-L’Ordre égyptien ou le retour au christianisme primitif

                                       Chapitre V

 

 

                          L'ordre égyptien
      Réformer l'Eglise – l'esprit de l'Eglise primitive
                                 ou
L'Ordre égyptien ou le retour au christianisme primitif (1)

 

« Sachez que nous ne travaillons pas pour un homme, mais pour l'humanité.
Sachez que nous voulons détruire l'erreur, non d'un seul, mais de tous.
Sachez que cette ligue (L'ordre égyptien) est dirigée, non contre une fausseté isolée, mais contre l'arsenal entier des mensonges. » - Cagliostro

 

Cagliostro n'a pas été seulement un guérisseur. Partout où il est passé, il a étonné par ses prophéties et par ses connaissances. A Londres, il prédit avec succès les numéros gagnants de la loterie. En Pologne, il travaille au Grande Œuvre avec ses disciples passionnés par l'alchimie. A Lyon et à Paris, il s'occupe surtout de la franc-maçonnerie. Mais l'alchimie, les guérissons, la franc-maçonnerie, les évocations magiques, même les miracles ne sont pour lui que des outils pour transmettre son message dans le langage qui peut être le mieux entendu par les gens autour de lui. Au delà de tout cela, son message reste le même: « Aimez Dieu et votre prochain de tout votre cœur. »

 

Prophéties

« Je répondis à Madame de la Motte que toutes les prédictions étaient des sottises. Je me rappelai alors la promesse que j'avais faite au Prince, je pris un ton très grave et dis avec le plus de sérieux qu'il me fut possible : 'Madame, vous savez qui j'ai quelques lumières sur la physique médicinale. J'en possède également quelques unes sur le magnétisme animal'. » - Cagliostro

 

Et pourtant, Cagliostro s'était déclaré dans nombreuses situations contre le magnétisme animal, qui était tant à la mode à l'époque. Et encore une autre de ses contradictions, il avait fait des prédictions qui se sont montrées étonnement exactes, non seulement pour des personnes, mais aussi en ce qui concerne des événements historiques.

On se rappelle la manière dont il a parlé à Madame d'Oberkirch à Strasbourg, en résumant toute sa vie en quelques mots. A Bordeaux, il en fait de même avec la servante d'une riche dame, une fille qui était née princesse en Afrique, mais qui avait été vendue comme esclave en France. Elle raconte: « Encore que je ne puis préciser mon âge, je pense que je devais avoir atteint dix-sept ans environs quand Monsieur de Cagliostro arriva à Bordeaux. Mademoiselle fut autorisée à lui rendre visite à l'hôtel du Marquis de Canolle où il était descendu. Cette belle demeure était située sur le Cours Saint Seurin, aujourd'hui le cours Georges Clémenceau. Là résidait aussi un célèbre et bienfaisant apothicaire qui diffusait l'élixir vital du merveilleux Mage. Mais, peut-être serez-vous surpris de voir tous les grands noms de la société bordelaise se rendre chez le Grand Cophte. Le jour où j'accompagnais Mademoiselle d'Ornano, il y avait, je me souviens, le Comte de Fumel et le Chevalier de Rolland, ainsi qu'une foule de gens titrés. Je me remémore aussi qu'on avait fait brûler de l'encens tout comme dans une église et qu'il me sembla presque le voir apparaître au milieu de nous. Il répondait à toutes les questions, disait à chacun son passé, guérissait les malades. A un moment il prit la belle et fine main de Mademoiselle et lui parla longtemps à l'oreille puis me regardant, il dit : 'Cette fillette vient droit du Dahomey. Là bas elle était de sang princier, mais sa famille a été massacrée. Les survivants furent vendus comme esclaves à Saint Domingue'. »

 

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                                                                                               Le roi Stanislas Auguste

 

En Pologne, le roi Stanislas Auguste avait reçu Cagliostro à la Cour. Une des dames était très sceptique à l'égard de Cagliostro. C'est Laborde qui le raconte dans ses Lettres sur la Suisse (2) : « Monsieur de Cagliostro était à Varsovie depuis quelques temps et il avait eu l'honneur de voir plusieurs fois le roi qui l'estimait et rendait hommage à son esprit, à ses talents et à ses connaissance. Une jeune dame de la cour(3) , sceptique, qui entendait un jour le roi faire ces déclarations, se mit à rire et soutint que ce ne pouvait être qu'un charlatan et qu'elle le mettait au défi de lui dire certaines choses qui lui étaient arrivés. Le lendemain, le roi fit part de ce défi au comte, qui lui répondit froidement que si cette dame voulait lui donner rendez-vous dans le cabinet et en présence de Sa Majesté, il lui causerait la plus grande surprise qu'elle aurait de sa vie. La proposition fut acceptée et au moment convenu, le comte dit à la dame tout ce qu'elle croyait qu'il ne pourrait jamais lui dire, ce qui, par la surprise qu'il lui causa, la fit subitement passer de l'incrédulité à l'admiration, que le désir ardent de savoir ce qui devait lui arriver par la suite la fit conjurer le comte de l'en instruire. D'abord il s'y refusa, mais vaincu par les supplications réitérées de la dame, et peut être par la curiosité du roi, il lui dit : 'Vous allez bientôt partir pour un grand voyage, votre voiture cassera à quelques postes de Varsovie, pendant qu'on la raccommodera, la manière dont vous serez vêtue et coiffée excitera de tels rires qu'on vous jettera des pommes. Vous irez de là à des eaux célèbres, où vous trouverez un homme d'une grande naissance, qui vous plaira au point que vous l'épouserez peu de temps après, et quelque effort que l'on fasse pour vous amener à la raison, vous serrez tentée de faire la folie de lui donner tout votre bien. Vous viendrez vous marier dans une ville où j'y serai, et malgré les efforts que vous ferez pour me voir, vous ne pourrez y réussir. Vous êtes menacée de grands malheurs, mais voici un talisman que je vous donne ; tant que vous le conserverez, vous pourrez les éviter, mais si l'on ne peut vous empêcher de donner vos biens par contrat de mariage, vous perdrez aussitôt le talisman, et dans le moment que vous ne l'aurez plus, il se trouvera dans ma poche, en quelque endroit que je sois.' J'ignore quel degré de confiance le roi et la dame donnaient à ces prédictions, ni quelle fut leur façon de penser, à mesure qu'elle s'effectuèrent, mais je sais que toutes eurent leur exécution, et Monsieur de Cagliostro m'a fait voir le talisman qu'il avait retrouvé dans sa poche, le jour qui fut constaté être celui où elle avait signé le contrat de mariage par lequel elle donnait tout son bien à son mari. »

 

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                                            Sarcophage de l'impératrice Marie-Thérèse et de son mari François de Lorraine

 

Lorsqu'il était à Strasbourg, il avait prédit la mort de l'impératrice Marie- Thérèse, l'instant même où cela se passait. Cette nouvelle arriva à Strasbourg par la poste seulement quelques jours après. De même il avait prédit, devant le Cardinal de Rohan, la naissance du premier fils de Marie-Antoinette.

 

La démolition de la Bastille peinture de Houël - Musée .Carnavalet-modif

 

Mais peut-être la plus célèbre de ses prédictions a été celle de la chute de la Bastille. Dans une lettre rendue publique et connue sous le nom de 'Lettre au peuple français', il écrit en juin 1786 : « Quelqu'un me demandait si je retournerais en France, dans le cas où les défenses qui m'en écartent seraient levées. Assurément, ai-je répondu, pourvu que la Bastille soit devenue une promenade publique. Dieu le veuille ! »

 

 

 

 1 : L'auteur avait laissé en suspend le titre définitif de ce chapitre.
2 : Lettres sur la Suisse adressées à Mme M. par un voyageur français en 1781, Genève 1783, tome I, p. 13
3 : Il s'agit de la princesse Charlotte Sanguska.


 

Alchimie

« La chimie est un enfantillage pour qui possède l'alchimie et l'alchimie n'est rien pour celui qui commande aux esprits. » - Cagliostro

 

170px-Adam Poniński.modifC'est surtout en Pologne que Cagliostro se montra en alchimiste. Il était entouré par des gens qui ne pensait qu'à l'alchimie, et le prince Adam Poninski qui l'herbageait, lui a offert un laboratoire dans sa maison de campagne à coté de Varsovie, à Wola, pour qu'il leur enseigne comment faire de l'or. Jusqu'au moment où il demanda à Cagliostro un esprit pour accomplir ses désirs (obtenir de l'or et les faveurs de belles femmes). Cagliostro lui refusa et dès lors il se tourna contre Cagliostro. Et pour justifier le fait qu'ils se sont brouillés, son secrétaire, le comte Mozinsky, qui était aide de laboratoire de Cagliostro, inventa une histoire qui compromettait Cagliostro. Il l'a publia en 1786, sous le titre Cagliostro démasqué à Varsovie. Comme l'ouvrage d'Elisa von Recke, celui-ci a pourtant sa valeur historique puisqu'il raconte les opérations alchimiques dirigées par Cagliostro en Pologne.

A Strasbourg, le cardinal de Rohan montre à Madame d'Oberkirch un grand diamant créé par Cagliostro dans son laboratoire. En Courlande, Elisa von Recke parle des perles d'une grande duchesse, qu'il avait fait grossir en les mettant dans la terre.

Mais il montre aussi d'autres connaissances, plus proches de la technique ou des découvertes de la science moderne. C'est un fait remarqué par ceux qui l'ont connu : « En l'observant de fort près, note Wieldermett (4) , j'ai trouvé chez lui des qualités et des connaissances peut-être uniques dans notre siècle. Peu en état sans doute de les apprécier tout à fait, il m'a cependant étonné souvent. Je le crois extrêmement familiarisé avec les opérations les plus caché de la nature. » Des choses qui à l'époque tenaient du surnaturel, se sont montrées de nos jours comme de la science.

 

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                                                                                                  Madame d'Oberkirch

 

 

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                                          Ascension de Charles et Robert Montgolfier au Tuileries, le 1er décembre 1783

 

Après le vol des premiers ballons des frères Montgolfier qui ont tant émerveillé les gens du XVIII siècle, Cagliostro anticipe la création des zeppelins. Voilà ce qu'il disait à Roveretto en 1787 : « Les ballons, ces globes volants qu'un homme audacieux inventa, qui les dirigera où il voudra ? Sachez que les ballons ne pourront être dirigés que si on leur enlève d'abord leur forme sphérique et personne ne songe à cela. »

A Londres il offre ses services pour créer un nouveau système d'illumination de la ville, moins cher. Anticipait-il les extractions du pétrole de la mer, réserve qui n'était pas du tout connue à l'époque, quand il disait : « je détiens le secret de faire brûler l'eau de la mer et par un procède chimique je peux l'allumer comme l'huile » ? (5)

Il offre ses services aussi aux Suisses, d'après ce que Vanetti note : « Et parlant un jour devant Baptiste, frère de Nicolas, et devant quelques autres, il leur dit : 'Etant en Suisses à Berne, (les habitants lui avaient donné droit de cité, charmés par ses paroles), je me pris à dire aux gens du pays: 'Suisses, en considérant vos montagnes, toujours recouvertes d'une glace éternelle, j'ai réfléchi à la grande quantité d'or, d'argent et de cristal de roche qui était enfouie dans leurs entrailles. Si vous vouliez m'autoriser à employer dix années de revenus, je dissoudrais la glace et sortirais au jour ces richesses, à mes risques et périls'. Ils répondirent à cela : 'Non, nous ne voulons pas que vous perdiez à cette entreprise du temps et de l'argent'. Quelqu'un des assistants lui dit : 'Comment dissoudrez-vous la glace ?' Cagliostro répondit: 'Avec du vinaigre'. Baptiste répondit à celui qui avait interrogé : 'Comme Annibal pour les Alpes lorsqu'il vint en Italie'. Et, se tournant de nouveau vers Cagliostro, il lui dit : 'Seigneur, excusez-moi si j'émets un doute. Peut-être les Suisses ont-ils craint que par la fonte brusque des glaces, les eaux ne descendent, et dans leurs torrents n'inondent leurs cités'. Après un moment de silence, Cagliostro répondit : 'Il y a beaucoup de lacs en Suisse, on aurait pu y diriger toute la masse des eaux'. »

 

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Un rapport du ministre Vergennes (6) note que Cagliostro peut « donner au coton le lustre et la finesse de la soie, faire avec le chanvre le plus commun un fil aussi fin que celui de Maline, amollir le marbre et lui rendre ensuite sa première beauté. »

Et enfin, on parle d'une mystérieuse pierre qui donne de la lumière. Le 13 décembre 1780, Saltzmann écrit à Willermoz : « Cagliostro m'a parlé d'une sorte de pierre, pour la confection de laquelle il ne lui faut que cinq jours et qui a la qualité de luire en la frottant dans l'obscurité avec un peu de crachat de sorte qu'on peut y allumer une chandelle et qu'on éteint en la nettoyant avec un mouchoir. »

 

 

 

4 : Lettre de Wieldermett à Jacob Sarasin, no 23, 30 août 1787.

5 : Lettre d'un officier français écrit de Londres le 16 juillet 1786, Archives Nationales, X 2 B 1417.

6 : Rapport au comte de Vergennes, 24 sept 86 Archives des affaires étrangers de France, Mémoires et documents 86 n 1400 F 135.


 

 L'Ordre égyptien

« Nous, Alexandre I, Grand Maître et fondateur de l'Ordre Égyptien, ordonnons au nom de Dieu à tous ceux qui nous appartiennent et à ceux qui croient dans le Verbe divin... » – Extrait d'une inscription écrite de la main de Cagliostro sur les murs de son cachot à San Leo

 

Guérisseur. Prophète. Magicien. Alchimiste. Quoi d'autre encore ? Créateur d'un ordre spirituel pour réformer la franc-maçonnerie. Pour y aboutir, il devait utiliser le langage que les francs-maçons comprenaient, il devait descendre parmi eux, il devait devenir l'un d'entre eux sans pourtant être véritablement un maçon. C'est pour cela qu'on retrouve dans son Ordre égyptien des symboles maçonniques, on parle de loges, des tabliers et de rituels.

 

01modifié« La maçonnerie égyptienne de Cagliostro, écrit Bruno Marty, n'est qu'un aspect de l'action de Cagliostro. Nous pensons que l'activité maçonnique de Cagliostro n'a été qu'un moyen de plus pour générer son action et la soutenir ; il a profité d'un outil un peu plus à la mode, tout comme d'autres personnages de son envergure ont eu en leurs temps et en autres lieux profité d'autres outils d'actualité. »

L'Ordre égyptien de Cagliostro est lié à la franc-maçonnerie et en même temps n'a rien à faire avec, surtout avec les maçonneries égyptiennes, comme le rite de Memphis Misraim qui sont parus le XIXème siècle, avec lesquels il est souvent confondu. Il n'y a rien à faire non plus avec l'Egypte tel qu'il s'est imposé dans la conscience collective, surtout après la campagne de Napoléon.


Mais l'égyptomanie qui a dominé le XIXème siècle, existait dès le XVIIIème siècle, dans les cercles maçonniques qui s'intéressaient aux mystères anciens. Les secrets cachés dans les pyramides, les obélisques, les hiéroglyphes, les dieux, Isis, Osiris, Anubis, enflammaient déjà les esprits. Mais tous ces éléments ne sont pas du tout présent dans l'Ordre égyptien de Cagliostro, qui se rapproche plutôt de l'Egypte cophte, chrétien. Il y a assez d'auteurs qui ont imaginé un Cagliostro habillé d'une robe noire sur laquelle il y a des hiéroglyphes, portant un turban, habitant dans une maison décoré de statues égyptiennes, etc. etc. Ce Cagliostro égyptien n'existe que dans l'imagination de ces auteurs.

De l'autre côté, la franc-maçonnerie elle-même a une image très déformée sur l'Ordre égyptien de Cagliostro et ce qu'il avait essayé de faire. En général, il existe trois grands courants d'opinions.

La première, adoptée par la grande majorité des francs-maçons, est que Cagliostro a été un charlatan, ses enseignements n'avaient aucune valeur et son système était fait pour duper les crédules. Il aurait ainsi gagné beaucoup d'argent avec des naïfs prêts à payer cher pour ses initiations et qui ne leurs apprenaient en fait rien. « De tous les charlatans parus comme les champignons après la pluie à la fin du XVIII siècle », écrit un des plus connus historien de la maçonnerie, Albert Mackey, « Cagliostro a était le plus important, si on tient compte de la simplicité de ces moyens pour escroquer, de la vaste scène de ses opérations, du statut et de la qualité des ses victimes. » Une célèbre encyclopédie maçonnique, très appréciée dans les cercles anglo-saxons, celle de Henry Wilson Coil, parle de Cagliostro comme d'un ''célèbre charlatan italien''. On dévalorise donc le fondateur, mais aussi l'ordre, considéré comme une honte, un système quasi maçonnique, dont les rituels n'ont pas le pouvoir d'initier dans le vrai sens du mot.

De l'autre côté, il y a des maçons qui accusent et condamnent Cagliostro pour avoir dévoilé d'importants secrets et des connaissances ésotériques réservées aux plus étroits cercles. Pour eux, Cagliostro a été un vulgarisateur, donc d'autant plus dangereux, qu'il fallait arrêter à tout prix.

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                                                                                                 Raimondo di Sangro

 

Dans la même catégorie, nous avons les francs-maçons qui essayent de dévaloriser le système de Cagliostro, en affirmant qu'il n'a rien apporté d'original. On le fait passer pour le disciple de Raimondo di Sangro et l'école de Naples ou pour avoir copié son rituel égyptien d'un ouvrage qu'il avait trouvé à Londres, signé par un nommé George Cofton, d'où le titre de Grand Cophte qu'il avait pris. Certes, on trouvera dans le système de Cagliostro des connexions avec les plus anciens systèmes, jusqu'à Pythagore et le christianisme primitif, ou même avec des doctrines orientales (7), mais cela ne fait que montrer sa réelle valeur.

La troisième catégorie, qui est la plus nuisible, est formée par ceux qui aujourd'hui se disent détenir les secrets de Cagliostro et continuateurs de son système, et créent des loges égyptiennes. Il est pourtant difficile, sinon impossible, de vérifier s'ils pratiquent vraiment le système de Cagliostro tel qu'il était, surtout que celui-ci avait insisté pour que ses disciples suivent exactement ses indications, sans aucune modification. En plus, c'était un système où l'initiation directe était de première importance, au-delà des rituels et pratiques extérieures.

« Ses opinions religieuses sur l'Etre Suprême, écrit l'abbé Georgel, sur la nature et les devoirs de l'homme exaltaient les imaginations ardentes : il enseignait que les patriarches, Adam, Seth, Enoch, Noé, Abraham, Isaac et Jacob avaient bien connu la voie pour parvenir à l'intime familiarité de Dieu qui se communiquait sans cesse à eux ; qu'on ne pouvait mériter les mêmes faveurs qu'en suivant leurs traces. Tous les devoirs de l'homme étaient selon lui gravés sur ce grand et éternel principe : 'Ne fais pas à autrui ce que tu ne veux pas qui te sois fait à toi-même'. Quant aux penchants de la nature, il les canonisait comme des émanations bienfaisantes données à l'homme pour le dédommager des maux inséparables de l'infirmité humaine ; il ne blâmait aucun culte ; il voulait même qu'on respectât le culte dominant : 'La Divinité, disait-il, préfère le culte simple et pur de la religion naturelle ; mais elle ne s'offense pas de ce que les hommes y ont ajouté en différents temps, selon les circonstances et les climats, pour adorer le Créateur et exprimer leurs actions de grâces. »

 

7 : La modalité de régénération physique proposé par Cagliostro a une ressemblance étonnante avec les techniques ayurvédique de rajeunissement, appelés Rasayana. Ayurveda en propose deux grandes catégories : celles qui peuvent être réalisées en contact avec le milieu habituel, et celles qui exigent un isolement de ces facteurs, surtout des courants d'air. Le système proposé par Cagliostro reproduit mot à mot la technique décrite il y a 5000 ans dans les textes indiens sous le nom de Kuti Pravesha Rasayana.


 

La franc-maçonnerie dans le système de Cagliostro

"La franc maçonnerie est une voie dangereuse qui mène à l'athéisme" – Cagliostro

 

Apparus à la fin du XVIIIème siècle, les francs-maçons (8) se sont toujours présentés comme héritiers des secrets et des anciennes écoles des mystères. Cagliostro a, en quelque sorte, détruit ce mythe, car il parlait de la franc-maçonnerie comme étant la forme extérieure et dégénérée par laquelle ses mystères anciens s'étaient propagés jusqu'au XVIIIème siècle. C'était des rituels externes, des formes sans contenus, une bouffonnerie qui avait perdue complètement son sens originel.

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                                                                                        Icône du XVIIème, Enoch et Eli

 

« La franc-maçonnerie égyptienne, disait Cagliostro, a été instituée par Enoch et Elie (9), qui la propagèrent dans différentes parties du monde. Mais avec le temps elle a beaucoup perdu de sa pureté et de sa splendeur. La maçonnerie des hommes s'était enfin trouvée réduite à une pure bouffonnerie et celle des femmes avait été presque entièrement détruite, puisque ordinairement elle n'avait plus lieu dans la maçonnerie commune. »

C'est justement pour cela que Cagliostro essayait de régénérer et reformer la franc-maçonnerie. Un des buts de l'Ordre égyptien était donc d'instaurer la vraie franc-maçonnerie. Plus précisément encore, Cagliostro avait déclaré à plusieurs reprises qu'il avait fondé l'Ordre égyptien pour s'opposer aux Illuminés de Bavière, groupe occulte qui voulait instaurer un nouvel ordre social, où la croyance était remplacée par la suprématie de la Raison. Pour cela, les Illuminés planifiaient de détruire les monarchies et l'influence de l'église. Ils avaient choisi la France pour commencer.

manuscrit.modif                                                                                            Manuscrit du rite Egyptien

 

C'est pour cela que l'Ordre égyptien s'adressait aux maçons, car parmi les conditions d'admission était celle d'être déjà membre de la franc-maçonnerie. Interrogé par rapport à ce sujet, Cagliostro avait répondu : « Le but de l'Ordre égyptien étant d'insinuer les maximes de l'existence de Dieu, de l'immortalité de l'âme, j'ai pris la résolution de n'y admettre que des maçons ordinaires, parce que ce sont eux qui combattent ces vérités ».
« La vrai maçonnerie, disait Cagliostro, a pour pères Enoch et Elie. Après avoir été revêtus du pouvoir suprême qui leur fut accordé par la divinité, ils implorèrent Sa bonté et sa miséricorde en faveur de leur prochain, afin qu'il leur fut permis de faire connaître à d'autres mortels Sa grandeur et le pouvoir qu'Elle a accordé à l'homme sur tous les êtres qui environnent Son trône. Ayant obtenu cette permission, ils formèrent douze sujets qu'ils appelèrent élus de Dieu (10), l'un desquels est connu de vous et se nommait Salomon. Ce roi philosophe chercha à les imiter et à marcher sur les pas de ses deux maîtres, en formant ensuite des hommes propres à conserver et propager les connaissances sublimes qu'il avait acquises. Il y parvint en se consultant avec les autres élus et convenant de choisir chacun deux sujets dont il ferait 24 compagnons. Les premiers desquels fut Boaz. Ces 24 compagnons eurent ensuite la liberté d'en élire chacun 3, ce que fit 2 chefs suprêmes, 12 maîtres ou élus de Dieu, 24 compagnons et 72 apprentis. De ces dernières sont descendus les templiers et de l'un des templiers réfugiés en Ecosse les franc maçons, qui furent par la suite au nombre de 13, ensuite 33 etc. Telle est l'origine et la filiation de la maçonnerie. »

 

8 : Leur nom vient des anciens compagnons constructeurs (maçons) qui avaient des privilèges importants par rapport aux masses, ils ne payaient pas de taxes, pouvaient circuler librement etc. (ils étaient donc libres – francs). Le symbolisme des bâtisseurs est lui aussi très important, car construire veut dire utiliser un pouvoir créateur – créer des choses matérielles et être donc ressemblants à Dieu, le Créateur du monde. Mais c'est aussi une intervention dans la création de Dieu, car tout nouvelle construction change complément le milieu naturel où elle est placée.

9 : Tous les deux sont montés au Ciel sans passer par la mort. « Par la foi, Enoch fut enlevé, en sorte qu'il ne vit pas la mort, et on ne le trouva plus, parce que Dieu l'avait enlevé.» – Hébreux 11, 5. « Comme ils marchaient en conversant, voici qu'un char de feu et des chevaux de feu se mirent entre eux deux et Elie monta au Ciel dans un tourbillon. » – Rois 2, 11. D'ailleurs Enoch et Elie sont les deux personnages qui apparaissent à côté du Christ sur la montagne au moment de la transfiguration.

10 : « Dieu n'a crée l'homme que pour être immortel. Mais l'homme ayant abusé » des bontés de la divinité, elle s'est déterminé à ne plus accorder ce don qu'à un fort petit nombre. Pauci sont electi. » (Peu son élus). – extrait du Rituel de l'ordre égyptien.


 

Ego sum qui sum

« L'Ecriture vous apprend que Moïse après la retraite de quarante jours et quarante nuits, sur la montagne de Sinaï pour former le pentagone sacré, retourna une seconde fois sur cette montagne et y resta de nouveau quarante autres jours et quarante autres nuits. » - Cagliostro

 

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                                                                                              Moïse par Gustave Doré

 

L'Ordre égyptien n'avait pas seulement des buts collectifs, comme ceux de reformer la franc-maçonnerie et s'opposer à l'Illuminisme. Il avait aussi des buts individuels. A ce niveau, son objectif était la régénération intégrale de l'être humain. L'homme devait alors retrouver son innocence primitive et regagner également la Terre et tous les pouvoirs qu'il possédait avant la Chute : le pouvoir de commander à la matière, et donc contrôler le monde physique, mais aussi celui de commander aux anges.

« L'Eternel n'a créé et formé la terre que pour l'homme et pour être gouvernée par lui. Mais il ne saurait y parvenir sans connaître la perfection du moral et du physique, sans avoir pénétré dans le véritable sanctuaire de la nature et sans posséder notre doctrine sacrée. »

Pour regagner sa place et ses pouvoirs, l'homme devait donc passer par certaines étapes, mais la voie proposée par Cagliostro n'était pas du tout la sévère ascèse des saints catholiques, ni l'isolation. C'était au contraire rester dans le monde, vivre sa vie, sans éviter aucune des choses humaines. Voilà son message : « Redoublez vos efforts pour vous purifier, non par des austérités, des privations ou des pénitences extérieures, car ce n'est pas le corps qu'il s'agit de mortifier et de faire souffrir ; mais ce sont l'âme et le cœur qu'il faut rendre bons et purs, en chassant de votre intérieur tous les vices et en vous embrassant de la vertu. »

 

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                                                                     Aquarelle de Loutherbourg pour le rituel Egyptien


« Il faut avoir un cœur droit, juste et bienfaisant. Il faut renoncer à tout motif de vanité et de curiosité, écraser le vice et confondre l'incrédulité. Tout homme qui désire parvenir à être un bon maçon égyptien ou véritable élu doit renoncer à toutes sortes d'honneurs, de richesses et de gloire, car pour obtenir cette faveur il n'est pas nécessaire d'être grand, riche, ni puissant. En plus de cela il faut être aimé en particulier et protégé de Dieu. Il faut être soumis et respectueux envers son souverain. Il faut chérir son prochain. Pour obtenir la grâce de Dieu il faut adorer, respecter son souverain , surtout se consacrer au bonheur et au soulagement de son prochain, la charité étant le premier devoir d'un maçon égyptien et l'oeuvre de la plus agréable façon à l'Eternel. A cette conduite il faut joindre des prières ferventes pour mériter de sa bonté. »

Sa méthode proposait deux étapes de purification connus sous le nom de « quarantaines » car chacune durait 40 jours. La première visait la purification morale, psychique, la deuxième la régénération physique. A la fin, « l'homme qui a purifié sa partie physique et morale parvient à récupérer son innocence primitive. Apres avoir atteint cette perfection avec le secours du Grand Dieu, il arrive au point d'exercer la domination sublime et originale de l'homme, de connaître toute l'étendue de la puissance de Dieu et le moyen de faire jouir tout enfant innocent du pouvoir que son état lui aura donné. Après cette purification l'homme n'aspire plus alors qu'au repos parfait pour pouvoir parvenir à l'immortalité et pouvoir dire de lui EGO SUM QUI SUM . »

 

11 : Quelle différence par rapport aux idées propagées par la franc-maçonnerie contaminée des idées des Illuminés.


12 : Cette expression est la traduction latine de la réponse que Dieu avait donnée à Moïse quand celui-ci lui avait demandé son nom : « Je suis celui qui est »Exode 3,14. Elle pourrait également traduite sous une forme plus proche de la psychologie d'aujourd'hui : je suis celui que je suis, c'est-à-dire je suis moi-même.


13 : Lettre de Wildermett à Sarasin nr. 24, 20 octobre 1787.


 

Historique et membres

« Le système métaphysique et pratique dont il est l'auteur, une fois bien démontré aux hommes, il pourrait, il me semble, faire époque dans l'histoire de l'humanité et contribuer infiniment à son bonheur. » - Wieldermet (11)

 

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                                                                                                  Villa Medem à Mitau

 

La première loge égyptienne fondée par Cagliostro est celle de Mitau. Du moins, c'est la première qu'on connaît historiquement. Le 29 mars 1779, Cagliostro met la base d'une loge égyptienne mixte, dont faisaient partie : le comte Johann Friedrich von Medem, son père - le maréchal von Medem, son frère – le comte de Medem de Tittemund, sa fille – Elisa von Recke, sa belle sœur - Mme de Kayserling avec sa fille et cousine d'Elisa – Louise de Grotthaus, le chambellan von Howen, le conseiller aulique Schwander, le docteur Lieb, le notaire Hinz, le major von Korff. Des informations plus détaillés sur les réunions de cette loge sont donnés par Elisa von Recke.

 

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A Strasbourg, il ouvre des travaux maçonniques le 22 aout 1781, d'après les notes laissées par Ramond de Carbonnières les participants à ces réunions sont : le cardinal de Rohan, Ramond de Carbonnières, le baron de Planta, le baron de Mullenheim, Joseph Antoine Straub (directeur de la manufacture des armes blanches de l'Alsace), Barbier de Tinan (commissaire ordinaire des guerres), le marquis de la Salle.

A Bordeaux, il y a aussi des travaux égyptiens, notés par de Carbonnières (le 13 décembre 1783). Mais son activité maçonnique devient officielle et plus soutenue à Lyon, avec l'instauration de la loge mère de l'Ordre égyptien : La Sagesse triomphante. Le siège sera situé 33, Rue du Chemin neuf.

 

 

 

 

 

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                                                                              Plan de Lyon en 1783

 

Les membres seront : Rey de Morande, le banquier J. M. Saint Costar, G. B. Magneval (beau frère de Rey de Morande), Bessieres, Rey de Colonges (frère de Rey de Morande), Gabriel Magneval (frère de G.B. Magneval), Ournet, A. Aubergenois, G. Barthelemy, Th. Barthelemy, Dubreuil, Rigollet. Et le dimanche 26 décembre 1784, Cagliostro y installa les premières 12 maîtres égyptiens.

 

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                                                                                                     Charles de Hesse

 

C'est toujours à Lyon qu'il entre en contact avec J. B. Willermoz, lui propose de le faire grand maître de son ordre à Lyon, mais celui-ci refuse. Voilà ce que Willermoz écrit à Charles de Hesse : « Le Comte de Cagliostro était ici depuis huit jours. J'ai eu avec lui quatre longues conférences particulières et nous nous sommes brouillés dans la dernière par une différence extrême de principes et de croyance. Il nous taille ici de la besogne car il y a fait des maçons à l'égyptienne, je l'ai rabroué vigoureusement et nous ne nous reverrons plus.

Je fus appelé et conduit chez lui le surlendemain de son arrivée, j'y allais croyant voir un comte de Phœnix et ce nom m'était déjà suspect. A son ton et à son allure je soupçonnai d'abord qu'il était le comte Cagliostro, il en convint, il me dit qu'il avait renoncé à la médicine qui lui faisait des ennemis partout, qu'il ne voulait plus s'occuper qu'à instruire des maçons bien choisis, qu'il possédait la seule vraie maçonnerie du rite égyptien qui apprenait à travailler pour la gloire du seul Grand Dieu, pour le bonheur de soi même et pour celui du prochain.

Cagliostro m'a proposé de m'établir principal instructeur de son rite pour tout renvoyer ensuite à moi, qu'il me donnerait des preuves de son savoir et ajouta ces mots : «'Non verbis sed factis et operibus probo '. Je lui ai demandé quels étaient ces faits, il a répondu : 'Qui potest majus, potest minus'.

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Cependant ayant manqué son coup tant sur moi que sur la loge de la bienfaisance, il jeta aussitôt les yeux sur une autre déjà ancienne à Lyon suivant le rite du Grand Orient de France, sous le nom de La Sagesse qui venait d'acquérir une maison aux Brotteaux, cent pas à gauche de la maison du Directoire. Il a trouvé là une société nombreuse, avide de merveilleux et qui n'a jamais connu que la science des délibérations et des banquets maçonniques. Pendant une discussion sur la nature de Jésus Christ Cagliostro m'a dit que Jésus Christ n'est pas Dieu, qu'il était seul le fils de Dieu, comme lui Cagliostro est un philosophe. Flairant l'hérésie j'ai pris mes distances, je lui ai demandé de me prouver de façon certaine ses pouvoirs, il m'a prit de haut. 'Est-ce que vous seriez venu ici pour juger le comte de Cagliostro ? Apprenez que personne ne peut juger le comte de Cagliostro, qu'il peut se dire comte, duc ou prince, tout comme il lui plait'. »

 

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                                                                         Liard dit a l'écu, Louis XVI, 1786, atelier de Metz


Après avoir établit la loge mère de l'Ordre égyptien, il ira à Paris où il instaura le Suprême Conseil du Rite égyptien. A Paris, il était soutenu par le cardinal de Rohan, grand aumônier de la France et par l'évêque de Bruges. Avec leur aide, Cagliostro avait déjà commencé des démarches auprès du Roi et de l'Eglise pour faire reconnaître l'Ordre égyptien comme pouvait l'être l'Ordre des chevaliers de Malte. On voulait instaurer à Paris le siège de l'Ordre égyptien où les membres pouvaient habiter et mener une vie en communauté. Cette idée inhabituelle pour l'époque et la place importante que les femmes avaient dans l'Ordre égyptien ont fait circuler beaucoup de bruits .

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Le Suprême conseil était formé par le duc de Montmorency Luxembourg qui était Grand Maître protecteur, Jean Benjamin de la Borde (Grand Inspecteur), Claude Baudard de Saint James (Grand Chancelier), Jacques de Vismes de Vaglay (Grand Secrétaire).

 

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                                                                                          Claude Baudard de St james

 

Le 20 août 1786, Cagliostro devait aller à Lyon « avec Luxembourg et autres huit à dix hauts personnages » pour inaugurer le Temple de la Sagesse triomphante. Le scandale du collier l'en empêcha et la consécration du temple sera faite le 25 août 1786, Cagliostro absent. Il sera informé par une lettre sur la manière dont cette cérémonie s'était déroulée : « Monsieur et Maître, rien ne peut égaler vos bienfaits, si ce n'est la félicité qu'ils nous procurent. Vos représentants se sont servis des clefs que vous leur avez confiées ; ils ont ouvert les portes du grand temple, et nous ont donné la force nécessaire pour faire briller votre grande puissance.

L'Europe n'a jamais vu une cérémonie plus auguste et plus sainte ; mais nous osons le dire, Monsieur, elle ne pouvait avoir de témoins plus pénétrés de la grandeur du Dieu des dieux, plus reconnaissants de vos suprêmes bontés.
Vos maîtres ont développé leur zèle ordinaire et ce respect religieux qu'ils portent toutes les semaines aux travaux intérieurs de notre loge. Nos compagnons ont montré une ferveur, une piété noble et soutenue, et ont fait l'éducation des deux frères qui ont eu l'honneur de vous représenter. L'adoration et les travaux ont duré trois jours et par un concours remarquable de circonstances, nous étions réunis au nombre de 27, dans le temple : la bénédiction en a été achevée le 27, et il a eu 64 heures d'adoration.

Aujourd'hui notre désir est de mettre à vos pieds la trop faible expression de notre reconnaissance. Nous n'entreprendrons pas de vous faire le récit de la cérémonie divine dont vous avez daigné nous rendre l'instrument ; nous avons l'espérance de vous faire parvenir bientôt ce détail par un de nos frères, qui vous le présentera lui-même. Nous vous dirons cependant, qu'au moment où nous avons demandé à l'éternel un signe qui nous fît connaître que nos vœux et notre temple lui étaient agréables, tandis que notre maître était au milieu de l'air, a paru sans être appelé le premier philosophe du nouveau testament. Il nous a bénis après s'être prosterné devant la nuée bleue dont nous avons obtenu l'apparition, et s'est élevé sur cette nuée dont notre jeune colombe n'a pu soutenir la splendeur, dès l'instant qu'elle est descendue sur la terre.

Les deux grands prophètes et le législateur d'Israël, nous ont donné des signes sensibles de leur bonté et de leur obéissance à vos ordres : tout a concouru à rendre l'opération complète et parfaite, autant qu'en peut juger notre faiblesse.

Vos fils seront heureux, si vous daignez les protéger toujours et les couvrir de vos ailes. Ils sont encore pénétrés des paroles que vous avez adressées du haut de l'air à la Colombe qui vous implorait pour elle et pour nous : 'Dis leurs que je les aime et les aimerai toujours'. »

manuscrit2.modif                                                                                              Manuscrit du rite Egyptien

 

A ce message, Cagliostro fit aussi une réponse directe en leurs disant que : « s'ils l'avaient vu en cette occasion à Lyon dans les nuages, après sa mort, ils le verraient de même un jour dans sa gloire. »

 

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                                                                    Aquarelle de Loutherbourg pour le rituel Egyptien

 

Une dernière loge sera installée le 2 mai 1787 à Bâle en Suisse, dans la maison de Jacob Sarasin : « La grande loge mère des pays helvétiques. »

La structure de l'Ordre égyptien ne faisait que reproduire la hiérarchie établie par Enoch et Elie dont Cagliostro parlait. Il y avait trois degrés, et chacun comprenait un nombre fixe de membres. Au dessus était le Grand Cophte, titre porté par Cagliostro.

A Lyon, il y avait : 72 apprentis qui se rassemblaient une fois tous les 7 semaines dans la chambre gauche du temple ; 24 compagnons qui se rassemblaient une fois tous les 5 semaines dans la chambre de droite ; 12 maîtres qui se rassemblaient tous les trois semaines dans la chambre du milieu.

En plus, il y avait deux assemblées générales : « le troisième jour du neuvième mois (3 novembre), anniversaire du jour de la fondation » et « le 27ème jour du dixième mois (27 décembre), jour de Saint Jean l'évangéliste ». Cagliostro expliquait qu'il avait adopté cette fête à cause de la « grande affinité qui existe entre l'Apocalypse et les travaux de son rite. »

Au niveau de maître, les hommes recevaient les prénoms des 12 prophètes de l'Ancien testament. Chaque loge était dirigée par un vénérable qui recevait le nom d'Alexandre, auquel on ajoutait I, II, III etc.

La cérémonie par laquelle un candidat était reçu dans l'ordre impliquait toujours l'invocation d'un ou de plusieurs des sept anges, qui étaient consultés par rapports aux qualités et défauts du candidat.


14 : Lettres du 6 et 8 novembre 1784 (citée par G W Rijnbeck, l'occultisme et la métapsychologie du XVIII siècle en France, II et Willermoz et Cagliostro en revue métapsychique, 1934, page 114.

15 : Je prouve par des faits et opérations, pas par des paroles.

16 : « Le projet que ses disciples affichaient d'ériger le système égyptien en ordre religieux et d'en demander l'approbation au saint siège était une fourberie insigne. Il est seulement vrai, comme l'a dit sa femme, qu'ils pensaient à faire rester Cagliostro auprès d'eux et acheter une maison pour en faire une espèce de couvent maçonnique, dans lesquels ils auraient pu loger tous avec leurs femmes, qui seraient devenues communes entre eux. » Vie de Cagliostro p. 159.

17 : Anne Paul Emmanuel Sigismond de Montmorency, prince de Luxembourg (1741-1790), maréchal de champ. Son frère aîné, le duc de Luxembourg était la personnalité la plus importante du Grand Orient de France.


18 : Claude Baudard de Vaudésir (qui se faisait appeler Saint James, d'après la mode anglaise). Il était un des plus riches financiers du royaume : trésorier de la marine et associé à toutes les compagnies industrielles et financiers de son époque. Il construit à Paris un extravagant palais à l'anglaise, simplement pour faire concurrence au frère du roi, le comte d'Artois. Il était ami intime de La Borde et co-fondateur du Rite des Philalètes, avec Savallete de Linge et Court de Gebelin. Son beau fils était le marquis de Puysegur.


19 : Anne Pierre Jacques de Vismes de Vaglay (1745-1819), homme de lettres et musicographe français, sous-directeur des Fermes. Il était beau frère de La Borde. Dans son ouvrage « Nouvelles Recherches sur l'Origine et la Destination des Pyramides d'Egypte » il parle du système de Cagliostro, qu'il présente comme « l'homme le plus extraordinaire qui ait vécu au XVIIIème siècle ».


 

 Les sept

« Il n'y a qu'un seul Etre suprême, un seul Dieu éternel. Il est l'Un, qu'il faut aimer et qu'il faut servir. Tous les êtres, soit spirituelles, soit immortels qui ont existé, sont ses créatures, ses sujets, ses serviteurs, ses inférieures. Etre suprême et souverain, nous vous supplions du plus profond de notre cœur, en vertu du pouvoir qu'il vous a plu d'accorder à notre initiateur, de nous permettre de faire usage et de jouir de la portion de grâce qu'il nous a transmise, en invoquant les sept anges qui sont aux pieds de votre trône et de les faire opérer sans enfreindre vos volontés et sans blesser notre innocence. » – extrait des cérémonies de l'Ordre égyptien.

 

nomiQui étaient ces sept êtres qui se rendaient visibles aux yeux des enfants – « colombes» ou «pupilles» pendant les cérémonies de l'Ordre égyptien? Cagliostro en parle comme des « sept esprits qui entourent le trône de Dieu ». Il insiste pour laisser leurs noms, écrits de sa main, sur les murs de son cachot à San Leo, comme un message important traversant le temps.

« Ces sept anges sont les êtres intermédiaires entre nous et la divinité. Ce sont les sept planètes ou, pour mieux dire, ils dirigent et gouvernent les sept planètes ; comme ils ont une influence particulière et déterminée sur chacun des régimes nécessaires pour perfectionner la première matière, l'existence de ces sept anges supérieurs est aussi véritables qu'il l'est, que l'homme a le pouvoir de dominer sur ces mêmes êtres. Dieu ayant crée l'homme à son image et à sa ressemblance, il est le plus parfait de ses ouvrages. Ainsi tant que le premier conserva son innocence et sa pureté, il fut l'être le plus puissant après la divinité. Car non seulement Dieu lui avait accordé la connaissance de ces êtres intermédiaires mais il lui avait même conféré le pouvoir de leur ordonner et de dominer sur eux immédiatement après Lui. L'homme ayant dégénéré par l'abus qu'il fit de ce grand pouvoir, Dieu le priva de cette supériorité, il le rendit mortel et il lui ôta jusqu'à la communication avec ces êtres célestes. Seuls les élus de Dieu ont-ils été exceptés de cette proscription générale. Tout bon ou vrai maçon, tel que je me fais gloire de l'être peut-il se flatter de parvenir à se régénérer et à devenir un des élus de Dieu ? Oui, sans doute. Car l'un des douze élus se reposant, ou étant appelé auprès de la divinité, le plus vertueux des vingt quatre compagnons lui succèdent, comme le plus sage des soixante douze apprentis prend la place vacante du compagnon. »

Toutes les traditions spirituelles du monde parlent de ces sept êtres. Il s'agit en fait de sept êtres célestes, émanations directes de Dieu, qui ont le rôle de créer, gérer et à la fin détruire la Création, en totale obéissance à la volonté de Dieu. On les retrouve dans le Bible, ils sont les porteurs des sept plaies de l'Apocalypse. L'Ancien testament en parle aussi dans la Genèse, sous le nom de Beni Elohim ou Fils de Dieu, les sept esprits créateurs. Les Vedas hindous, les plus anciens textes sacrés du monde datant d'environ 1800 av J.C., parlent de sept devas (20). En Perse, l'Avesta et les textes du zoroastrisme parlent des Sept Immortels ou sept étincelles de Dieu par lesquelles il se manifeste dans le monde créé. Au Tibet, ils sont connus comme les sept Seigneurs des sept sphères, les sept primordiaux ou les sept premiers souffles de Dieu qui répandent sa volonté dans toute la Création.

Corpus Hermeticum nous transmet le même message, encore plus explicite : « Dieu, l'Esprit, en lui-même masculin et féminin, source de la lumière et de la vie, engendra d'une parole un second être spirituel, le Démiurge qui, en tant que Dieu du feu et du souffle, créa sept recteurs pour entourer de leurs cercles le monde sensible et le diriger par ce qu'on nomme le Destin. Sortant aussitôt des éléments agissant en bas, la parole de Dieu s'élança vers ce pur domaine de la nature fraîchement formée et s'unit au Démiurge auquel elle est identique : [...] Ce que je vais te dire est le mystère resté caché jusqu'à ce jour. La nature, s'unissant à l'homme, procréa une merveille étonnante. L'homme avait en lui, je te l'ai dit, l'essence des sept Recteurs, à la fois masculins et féminins, à stature verticale. » (Livre I, Pymandre) On retrouve ici l'essence de la doctrine de Cagliostro.

Il y avait un secret terrible caché dans l'histoire des sept anges. L'église romaine a une position assez ferme par rapport aux anges : on accepte seulement les trois dont les noms apparaissent dans le Bible : Michaël, Gabriel et Raphaël. Le reste est un mystère de Dieu qu'il ne faut pas essayer de connaître. Pourtant, au sein de l'église, il y a eu à un moment donné un culte aux sept anges.

Le IVe siècle, le Concile de Laodicea reconnaît l'existence de sept « esprits célestes principales » ou « pouvoir célestes incorporelles »: les archanges Michael, Gabriel, Raphael, Uriel, Selaphiel, Jehudiel et Barachiel. Pourtant, le 35e canon du Concile de Laodicea condamnait et qualifiait d'hérésie la vénération des anges comme gouverneurs du monde, mais indiquait leur vénération d'après les règles établies par l'Eglise. Il fixait une fête pour les célébrer – le 8 novembre (21). Cette date a été choisie parce que les Pères de l'Eglise considéraient que le dernier jugement aura lieu un huitième jour, par rapport aux sept jours de la création et que ce jour « le Christ se manifestera en Gloire avec les saints anges » (Mathias 25 :31).
En 745, le Concile du Vatican dirigé par le pape Zacharie, lance un anathème contre l'archevêque de Magdeburg, Adelbert, et le dépose de son sacerdoce pour avoir utilisé une prière adressée aux sept anges. Il est accusé d'avoir utilisé pendant l'office religieux des « pratiques magiques, consistant dans le noms des sept esprits et fait des miracles qui ne peuvent pas être classés parmi ceux réalisés par la grâce et la gloire de Dieu ». Ses écrits ont été brulés comme étant impies et insensés.


Parmi ces noms il y avait pourtant celui de l'archange Uriel. Adelbert et ses partisans ont protesté, car la décision du Pape transformait tout d'un coup Uriel en démon. C'était une contradiction que l'Eglise même ne pouvait pas résoudre. Uriel, dont le nom signifie « feu purificateur de Dieu » ne pouvait pas être par sa nature un démon. L'église a été obligé de déclarer que « l'Uriel d'Adalbert n'était pas le même que l'Uriel du second livre d'Esdras, mais un obscur démon ayant le même nom ». Explication absurde, d'autant que jamais il n'a été question d'un démon portant le nom Uriel, feu purificateur de Dieu. Au contraire, un saint reconnu par l'Eglise, St. Ambrosuius, avait choisit Uriel comme patron et lui montrait une grande vénération. Plus tard, en 789, le Concile d'Aix-la-Chapelle confirmera la décision du Concile de Rome, en interdisant d'utiliser d'autres noms d'anges en dehors de Michaël, Gabriel et Raphaël.

 

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                                                                                                Amadéo du Portugal

 

Le débat concernant les sept anges est loin d'être fini. Il revient au XVème siècle avec le portugais Joannes Menesius da Silva (1431-1482) ou Beato Matteo. Il s'agit d'un religieux portugais, émigré en Italie qui avait reformé l'ordre franciscain. Protégé par Francesco della Rovere, devenu Pape sous le nom de Sixte IV, il avait créé plusieurs couvents en Italie. Ses miracles et ses visions angéliques ont été publiés dans l'ouvrage « Apocalipsis nova », où l'archange Gabriel lui révèle que le Vatican a caché les vrais noms des sept anges et lui demande de faire les démarches pour que leurs vrais noms soient reconnus et qu'une église leur soit dédiée. Mais rien ne sera fait.

En 1516, le prêtre Antonio del Duca découvre dans une petite église abandonnée de Palerme : S. Angelo Carmelitano, une peinture ancienne représentant les sept anges avec leurs noms et une inscription en latin indiquant leur fonction angélique : Michael – Victoriosus, Rafael – Medicus, Jehudiel – Remunerator, Gabriel – Nuncius, Uriel - Fortis socius, Barachiel – Adjutor (Tutore), Sealtiel – Orator. Cette peinture fit sur lui une grande impression. Il commence à avoir des visions, où les sept anges lui apparaissent et lui demandent de bâtir une église qui leurs soit consacrée. C'était le même message qu'Amedeo avait reçu un siècle avant.

 

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 En 1523, l'empereur Charles Quint (22) met les bases d'une fraternité, dont il devient le premier membre avec d'autres nobles. Ce groupe sera appelé « La fraternité impériale des sept anges » (Confraternita imperiale dei sette angeli). Beaucoup de membres de la famille Farnese en font partie, comme on peut le voir dans un tableau les représentant à côté de l'empereur et du prêtre Antonio del Duca. Le pape Paul III, un Farnese, bâtit en 1542 un couvent en Sicile dédié aux sept anges qui sera administré par le cardinal Alessandro, jusqu'à sa mort en 1589.

 

 

 

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                                                                                                     Le pape Paul III


Avec ces importants protecteurs, Antonio del Duca se rapproche de plus en plus de son rêve. On commence à construire à Rome l'église des sept anges et l'architecte n'est autre que Michel-Ange. On choisit comme lieu les anciens bains de Dioclétien, où 40 000 chrétiens avaient été martyrisés. C'est pour cela qu'aujourd'hui cette église qui, à l'origine, s'appelait l'Eglise des sept anges, est connue comme Santa Maria degli Angeli e dei Martiri. Michel-Ange avait prévu dans ses plans sept chapelles, chacune d'entre elles dédiée à un des sept esprits célestes et décorée d'une peinture qui représentait l'ange avec son nom et ses attributs.

 

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                                                                                 Santa Maria degli Angeli e dei Martiri


Antonio del Duca met en place un système dans lequel on priait chacun des sept dans les jours de la semaine qui lui correspondaient (Michaël le dimanche, Gabriel le lundi etc, en respectant leurs correspondances planétaires). Ce manuscrit intitulé « Messa dei sette angeli » sera édité en 1543 sous le patronage du cardinal Antonio del Monte.

Mais après la mort du Pape Sixte IV, les membres de la fraternité des sept anges sont cruellement persécutés. Benoît XIV donne ordre d'effacer les noms sur les peintures qui décoraient l'église de sept anges et supprime leur messe.

 

 

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1008542-Benoît XIV.modif                 Sixte IV                                                                                       Benoît XIV

 

On comprend donc qu'en parlant de ces sept anges dans son Ordre égyptien, Cagliostro risquait de réactiver ce vieux conflit. Les idées de Cagliostro étaient d'autant plus dangereuses qu'il n'instaurait pas un culte, mais prônait la supériorité de l'homme par rapport à ces esprits. Ce qui devait déranger d'autant plus.

 20 : Devas – êtres immatériels, messagers de lumière, mot qui a été incorrectement traduit du sanscrit par dieu, puisqu'il est plutôt l'équivalent du mot ange – messager.

21 : De nos jours cette fête est célébrée par certains églises orthodoxes, comme celle de Russie, sous le nom « Synaxe des archi stratèges de la milice céleste, Michaël et Gabriel et des autres Puissances célestes et incorporelles ».

22 : A l'époque la Sicile était sous le gouvernement impérial espagnol, qui faisait partie du Saint empire germanique.


 

La nuée du Grand Cophte

Mais ce n'était pas seulement les sept anges qui faisaient leur apparition dans les cérémonies. Il y avait les prophètes Elie, Enoch, Moïse ou le Grand Cophte. Ces apparitions étaient physiques, car les enfants voyaient, entendaient et souvent touchaient ou étaient touchés par ces êtres.

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                                                                    Aquarelle de Loutherbourg pour le rituel Egyptien

 

On a accusé Cagliostro d'avoir utilisé des miroirs magiques, comme les illusionnistes d'aujourd'hui, pour obtenir ses effets. On l'a également accusé d'instruire les enfants avant les cérémonies, pour qu'ils sachent quoi répondre. Cela n'explique pas comment il se fait que ses prophéties s'accomplissaient – si l'enfant était instruit par Cagliostro cela impliquait que c'est lui qui voyait ces choses. D'ailleurs, Cagliostro avait donné ce pouvoir à d'autres personnes qui, travaillant avec les enfants d'après sa méthode, arrivaient à avoir des résultats, Cagliostro absent.

C'est le duc d'Orléans en personne, Grand Maitre du Grand Orient de France qui, voulant vérifier si Cagliostro était ou non un charlatan, avait apporté un enfant de 6 ans que personne ne connaissait et que Cagliostro ne pouvait pas instruire avant. Il assista à cette séance où Cagliostro obtint les mêmes résultats qu'avec les enfants qu'il utilisait d'habitude.

On a trouvé dans ses papiers des comptes-rendus de ces cérémonies. En voici la méthode, donnée par Cagliostro pour la loge de Paris : « Le Grand Maître pourra commander, invoquer et faire apparaître au yeux de la Colombe les sept anges, les douze vieillards et le Grand Cophte, et la Grande Maîtresse pourra commander seulement aux sept anges. Le Vénérable de la loge de Paris ne pourra travailler qu'une fois par semaine, le samedi, une heure avant le couchée du soleil. La Grande Maîtresse de la loge mère d'adoption de Paris pourra travailler une fois par semaine, le dimanche, une heure avant le couchée du soleil. Il sera nécessaire par respect que soit gardé par l'un et par l'autre le célibat vingt quatre heures avant de travailler. Il est complètement interdit, tant au Grand Maître qu'à la Grande Maîtresse de faire travailler d'autres Colombes que celles qui ont été consacrées à Paris par le Grand Cophte et de poser des questions liés au Grand Cophte et son état ou sur la première matière ou des propos qui tiennent simplement de la vaine curiosité. Lorsque la Grande Maîtresse et le Grand Maître réaliseront un travail ils auront toujours leur épée dans la main, l'épée ne doit jamais servir et doit être consacrée au nom de l'Eternel soit par le vénérable de Lyon, soit par un maître agissant.

Préparation de la colombe

Le jour précédant le travail, elle doit se mettre à genoux, on lui met la main gauche bien ouverte sur la tête et avec la droite on lui donne légèrement trois coups avec l'épée, le premier sur l'épaule droit, le deuxième sur l'épaule gauche et le troisième sur la tête. Après, on lui donne un souffle fort et on ordonne à la Colombe de se recommander à l'Eternel et de conserver son innocence. On fera un petit discours à ce sujet et sur la grandeur et la bonté de Dieu et le pouvoir du Grand Cophte. On finit par l'embrasser tendrement sur le front. Le Maître ou la Maîtresse feront dans leur cœur un holocauste de cette créature à l'Eternel.

Invocation au moment du travail

Les assistants sont debout, en deux rangs à côté du Maître ou de la Maîtresse. Le Maître agissant dira intérieurement la prière adressée à l'Eternel pour implorer son aide et de lui donner la force et le pouvoir de travailler afin de comprendre la gloire du nom de Dieu.

Il prononcera après à haute voix : 'Moi, il dit son nom, par le pouvoir que le Grand Cophte m'a accordé, je préviens tous les mortels et immortels qui lui sont sous ordonnés, pour qu'ils soient avertis qu'en vertu du pouvoir que j'ai reçu, je m'occupe avec les travaux qui m'ont été confiés et qu'il est interdit sous les punitions reconnus par le Grand Cophte de travailler dans cet intervalle jusqu'à la fin de mon opération'.

Le maître agissant demanda à la Colombe de se mettre à genoux devant lui et répéter mot par mot cette prière : 'Grand Dieu Eternel, je me recommande intérieurement à Vous, je vous prie de pardonner mes erreurs passés et je vous implore en faveur de mon innocence et du pouvoir dont j'ai été investie par le Grand Cophte, premier ministre de votre grand temple, de me faire arriver à la vérité et de jouir de toutes les grâces que je demande à votre bonté et à votre miséricorde'.

Le Maître agissant demanda à la Colombe de se mettre debout et l'enverra dans le sanctuaire, qui doit être un lieu isolé et fermé, à l'abri des regards des mortels et servira de tabernacle. En ce lieu il n'y aura qu'une petite table avec trois bougies allumées. La Colombe sera fermée à l'intérieur et le Maître agissant, en élevant son esprit vers Dieu dira : 'Je travaille et opère par le pouvoir que le grand Cophte m'a donné.' Il s'approchera du milieu de la pièce et réalisera avec son épée quatre cercles : le premier à l'Est, le deuxième à Nord, le troisième à Ouest, le quatrième à Sud. A chaque cercle réalisé, le Maître agissant sera tourné vers la partie du monde désigné et lèvera la main droite armée de son épée. Les cercles seront faits de gauche à droite. A la fin de chacun de ces cercles, il frappera la terre avec le pied et en levant la tête émettra un souffle très fort dans la direction de la partie du monde qui se trouvera devant les cercles en question. A la fin de chacun des deux premiers et à chaque souffle il prononcera la parole Helion. A la fin du troisième cercle et du troisième souffle Melion, à la fin du quatrième cercle et souffle Tetragrammaton (23). A la fin il va ajouter à cette parole les trois lettres connus par le Grand Cophte. Les trois paroles Helion, Melion, Tetragrammaton ne doivent être jamais prononcé que dans le plus profond silence et le plus rarement possible.

Si les êtres spirituels n'obéissaient pas aux ordres, le Maître agissant n'aura qu'à les répéter, en frappant trois fois avec le pied droit la terre et en donnant trois coups d'épée dans l'air. ....., le Maitre agissant retournera à sa place et dira à la Colombe : 'Mon fils répète avec moi les paroles que je suis en train de prononcer : 'Ange, je t'ordonne par le pouvoir que le Grand Cophte a donné à mon Maitre de faire ton apparition dans ma présence, sans me faire peur, sous la forme la plus adaptée et de me répondre en vérité.' Il frappera après trois fois avec le pied droit dans la terre et à chaque fois il appellera l'ange. Si l'ange ne fait pas son apparition il donnera d'autres coups de pieds jusqu'à ce qu'il fasse son apparition.

Lorsque l'ange fera son apparition, le Maître interrogera la Colombe pour savoir comment il est vêtu, s'il est en habit talare, s'il a des rubans, des ceintures et quels sont leurs couleurs. De quel couleur sont ses cheveux, comment est son visage, enfin s'il est content ou s'il sourit. Il ordonnera alors à la Colombe de prendre la main de l'ange et de l'embrasser et lui demandera aussi comment est le lieu où l'ange se trouve, si c'est un jardin ou une pièce et de faire une description le plus détaillée possible.

Le Maître agissant pourra après continuer à demander à la Colombe de poser à l'ange d'autres questions, à l'exception de celles qui sont interdites, mais à chaque demande il pourra exiger de l'ange un signe afin de faire connaître à la Colombe s'il veut ou non répondre et à la fin de savoir s'il doit renoncer à certains questions en fonction du signe. Si ce signe est affirmatif, la Colombe baissera la tête, s'il est négatif c'est-à-dire un refus, elle éleva la tête et fera un mouvement de droite à gauche.

La Grande Maitresse pourra faire apparaître les sept anges, un après l'autres et les appellera chacun avec son nom. Le Grand Maître aura le même pouvoir et de plus, il pourra faire apparaître les douze vieillards, mais il est interdit à tous les deux de faire apparaître, sans un autre pouvoir donné par le Grand Cophte, aucune autre personne, philosophe, mortel qui est passé de la mortalité à l'immortalité. Quand sont finies toutes les opérations, le Maître ou la Maîtresse vont se prosterner à terre, ainsi que tous les assistants pour rendre grâce à l'Eternel.

En cas où la personne agissante voudra procurer des vision à la Colombe qui a travaillé pour la nuit qui suit, devra avant remercier l'Eternel, la faire sortir du tabernacle, la mettre à genoux, lui apposer l'épée sur la tête et la faire invoquer l'Etre Suprême et l'aide du Grand Cophte, afin d'obtenir pendant le sommeil une vision satisfaisante par rapport à ce qui s'est passé. » (24)

Un autre document indique le rôle des colombes dans l'initiation des nouveaux candidats : « Lorsque le Vénérable constate les bonnes dispositions du candidat, il ordonne au Grand Inspecteur d'introduire la Colombe. Le Vénérable revêt la Colombe de l'habit talare blanc, on ajoute à cet habit des souliers blanc bordés et noués d'un ruban bleu céleste, une ceinture de soie bleu, un cordon rouge de droite à gauche. En l'habillant le Vénérable dira :'Par le pouvoir que le Grand Dieu a accordé à notre fondateur et par celui que je tiens de lui, je te décore de ce vêtement céleste. ' Après un petit discours, le Vénérable le fait mettre à genoux, puis de son épée lui touche l'épaule droite. Il lui fait répéter après lui une formule pour le pardon de ses fautes et pour que le pouvoir de la grâce lui permette de travailler. Le Vénérable soufflera trois fois sur la Colombe et la remet au Grand Inspecteur qui la conduit dans le tabernacle. Ce tabernacle est entièrement blanc et sobrement meublé d'une table sur laquelle sont placées trois bougies. La Colombe est enfermée dans le tabernacle dont la porte est fermée à clé. Le Grand Inspecteur remettra la clé au Vénérable et ira se placer l'épée à la main au bas de l'escalier qui mène au tabernacle.

Le Vénérable tracera les cercles sacrées, prononcera les paroles rituelles transmises par le Grand Cophte et ordonnera aux sept anges de comparaitre aux yeux de la Colombe. Lorsqu'il aura été averti par elle qu'ils sont en sa présence, le Vénérable chargera la Colombe en vertu du pouvoir que Dieu a conféré au grand fondateur, de demander à l'ange principal (Anael) si le sujet proposé pour Maître a les mérites et conditions nécessaires pour être ou non reçu. Sur la repose affirmative, il ordonnera alors aux membres de la loge et à la Colombe de s'asseoir pour passer à la réception du candidat.

Le Vénérable avec son glaive frappera quatre cercles dans l'air aux quatre coins cardinaux dans l'ordre suivant : nord, midi, orient, occident, mais il en décrira un autre au dessus de la tête de chacun des assistants et finira par un dernier en face de la porte du tabernacle. Après la cérémonie de réception le Vénérable agissant et les assistants iront au milieu de la chambre et se retourneront en face du nom de Dieu, le Vénérable ordonnera à la Colombe de demander aux anges si la réception qui vient de se faire est parfaite et agréable à la divinité. Le signe d'approbation ayant été fait par les anges à la Colombe, tous les assistants se prosterneront et feront dans leurs cœurs des remerciements au Grand Dieu pour toutes les grâces dont il vient de les favoriser. Le Vénérable fermera la loge en donnant sa bénédiction à tous les assistants au nom de l'Eternel et du grand fondateur. »

Et voici le compte-rendu d'une invocation où la Colombe est interrogée et transmet les réponses des anges :
« Le vingtième jour du huitième moi (28 octobre). La maîtresse agissante (25) travaillant après les ordres, le pupille, avant de voir l'ange, dit : 'Je me trouve dans un lieu obscur. Je vois une épée d'or suspendue. Je vois venir Leutherberg.

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D. Ordre de s'en aller.
R. Il rit et dit : 'Ne vous chagrinez pas'. Il ouvre son habit et me montre une blessure au milieu du cœur, il me montre un poignard.

D. Cela est-il suivant la volonté du Grand Cophte ?
R. Sans doute. Il tire un pistolet à deux coups de sa poche et le montre.

D. Du secours.
R. Je vois une étoile. J'en vois deux. J'en vois sept.

D. On parle.
R. Leutherberg s'en va. Le site change. Je vois sept anges etc etc

Ensuite les travaux ordinaires et les anges diront qu'il faut communiquer physiquement cette apparition au Grand Cophte.

D. Le Grand Cophte dit qu'il est fâché que cela ait effrayée la Maîtresse agissante que cela pouvait nuire à sa santé, mais que c'était dans la règle.
R. Réponse de la Maîtresse agissante, qu'elle espérait que cela ne serait rien, mais qu'elle avait connu dans cet homme un pouvoir bas, qui craignait le mal.

D. Le Grand Cophte dit qu'il n'y avait rien à craindre, mais qu'on s'était bien conduit. »

Et un autre.

« Extrait de la loge tenue le samedi, douzième jour du second mois de l'année 5558 (12 février 1785) :
Tous les maîtres, excepté le frère Elie étant présents, les opérations dirigées par la Vénérable Saba II. Opérations après les demandes ordinaires, les sept anges, avec leurs chiffres se tenant devant.

D. Dis leur qu'un ami du Maître est passé par ici et devant revenir demain a engagé notre compagnon, le vénérable Alexandre II à voir les opérations de notre loge, que nous avons reçu à ce sujet les ordres de notre Maître. Ces ordres n'étant pas assez clairs, nous lui demandons s'il peut lui même nous les éclaircir, ou si nous devons prier à cet effet le Grand Cophte lui-même de nous favoriser de sa présence.
R. Je vois venir la nuée du Grand Cophte. Il en descend et vient à côté de moi et je lui baise la main. Il a encore son chiffre sur la poitrine.

D. Que la Maîtresse descende de son trône et le salue en son nom et en celui de toute la loge, en lui remerciant de la grâce qu'il veut bien nous faire.

Il salue avec son épée, fait un cercle dans l'air, prononce le mot Heloïm et met la pointe de l'épée sur la terre.

D. Dis lui respectueusement que, comme il sait très bien, son ami ... est passé par ici, qu'il a montré le désir de voir notre loge à son retour et que lui, Grand Cophte, dans sa lettre sur cet objet, nous a fait de lui faire voir la loge, sans rien ajouter, laissant le reste à notre disposition. Votre disposition et celle de toute la loge est de ne faire absolument que sa volonté et rien qui puisse lui déplaire, nous le prions de vouloir bien nous prescrire ce que nous avons à faire sur ce sujet.
R. Vous pouvez le faire entrer en loge, lui tenir un discours et ensuite faire travailler Alexandre. Voila tout.

D. Devons nous être décorés ?
R. Oui

D. Dans le fond, on croit que ce serait à moi à diriger la prochaine loge, je me trouve trop heureusement de pourvoir occuper ce poste et certainement je m'en ferai toujours une gloire, mais pour cette fois, je le supplie de me dire ne serait il pas mieux que notre compagnon le Vénérable Maître agissant l'a dirigeât.
R. Oui, cela sera mieux pour cette fois, et il se bornera à faire travailler Alexandre. Le Grand Cophte espère toujours qu'il pourra le recevoir lui même et alors il lui montrera le reste.

D. Nous nous confirmerons en tout. Devons-nous faire travailler Alexandre comme à l'ordinaire, avec la carafe ou devons nous le faire entrer dans le tabernacle ?
R. Pour le faire entrer dans le tabernacle, il faudrait d'abord essayer si cela peut aller, il sera mieux de le faire travailler comme vous avez fait jusqu'a présent, autrement cela pourrait peut être allé mal.

D. Ainsi le discours sera le principal de la réception et le travail d'Alexandre ne sera qu'accessoire. Le Maître agissant demande particulièrement son assistance, afin que ce travail ne manque en rien.
R. Il donnera son assistance pour les travaux d'Alexandre, ses derniers travaux ayant déjà été bien, il ne voit pas de raison pour que ceux-ci doivent manquer.

D. La loge d'aujourd'hui s'est tenue seulement par les maîtres, les sœurs étant restées dehors. Veut-il que cela soit encore ainsi dans la prochaine loge ou ces sœurs doivent elles y entrer ?
R. Elles doivent y être.

D. Le maître agissant voudrait bien savoir s'il osera demain présenter lui-même au Grand Cophte tout le discours qu'on aura fait et l'accueil qu'il aura reçu.
R. Oui, avec plaisir.

D. Raconte au Grand Cophte ce qui s'est passé cette nuit, ce que toi et Alexandre avez entendu, demande si cela était juste ou contre son intention.
R. Cela ne veut rien dire, ce n'était pas précisément mon intention et il a déjà travaillé là dessus.

D. Toi et Alexandre, pouvez vous être tranquilles et serrez vous gardées pour cet objet ?
R. Oui, cela même est symbolique, en ce moment le travail a été très difficile.

D. Toute la loge désire que cela ait réussi à son entière satisfaction.
Il salue avec son épée. Il y a encore un cartel de finir et l'inscription est mise à tous les autres. Permet-il qu'on les lui montre ?
R. Oui, il les trouve bien et encore mieux que les précédents.

D. Dis que cela fait beaucoup de plaisir au frère Elisée et demande si on peut commencer à faire dorer les trois ou quatre qui seront terminés ou s'il faut attendre que tous soient faits.
R. Cela est égal, vous pouvez faire là-dessus comme vous voudrez.

D. Nous avons écrit à ce frère, connaissant son zèle, nous n'avons pas cru pouvoir mieux faire.
R. Cela est bien. Demande si tous les maîtres seront en uniforme complet pour la fête du 3 mai.

D. Tous ceux qui sont présents y seront, quant au frère Elie qui est absent nous ne croyons pas qu'il y soit, mais il aura là-dessus des raisons à dire qui seront approuvées.
R. Il faudra entendre les raisons qu'il aura à dire.

D. Le laboratoire est entièrement terminé qu'il s'en faut qu'il ne soit entièrement meublé.
R. Bon. Commencez-vous bientôt à travailler l'ordonnance n°3 ?

D. Le vénérable Alexandre. Nous pourrons commencer après avoir eu encore loge de consultation, l'argent de Coussole n'est pas encore arrivé, le frère ... a été chargé de le tenir en compte et nous l'attendons, nous croyons que vers la fin de la semaine prochaine nous pourrons commencer et nous lui demandons humblement son assistance.
R. Bon, je salue avec l'épée.

D. Le Vénérable Y a-t-il encore des ordres et des conseils à nous donner ?
R. Non.

D. Oserons-nous le prier de nous donner sa bénédiction.
R. Il étend la main et la donne de tout son cœur.

D. Remercie le et vous, mes frères et sœurs, recevez la. Les anges sont-ils encore avec toi ?
R. Oui.

D. Mets toi à genoux, dis leur de faire l'adoration avec nous et recommandes leurs le soin de la loge.
L'adoration étant faite, la loge a été fermée. » (26)

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23 : Elisa von Recke note dans son Journal de Courlande que les paroles Helion, Melion, Tetragrammaton était les seuls compréhensibles et revenaient souvent lorsque Cagliostro opérait devant eux.

24 : Pier Carpi, Il maestro sconosciuto, p. 119-121.

25 : Il parait qu'il s'agit de Gertrude Sarasin qui travaillait avec son fils, Félix. Cette séance aurait eu lieu à Bale en 1787, en plein scandale Loutherbourg (Leutherberg).

26 : Interrogé par les Inquisiteurs par rapport à la signification de ces scènes, Cagliostro avait déclaré que : « il ne comprenait pas et qu'il n'en avait pas compris le contenu, comme cela lui était arrivé tant de fois. »


 

La vision béatifique

« L'homme, avec la permission de Dieu, peut parvenir à commander aux esprits célestes, parce que Dieu, avant sa mort, nous a laissée et donné la vision béatifique et divine. Si vous ne croyez pas à la vision béatifique, j'y crois, moi » - Cagliostro

 

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                                                                      Aquarelle de Loutherbourg pour le rituel Egyptien

 

Cagliostro expliquait pourtant devant ses disciples, et même devant les Inquisiteurs, que tout cela se passait grâce à un phénomène qu'il appelait la « vision béatifique ».

« La vision béatifique, disait-il, est une assistance spirituelle, une assistance angélique, une assistance surnaturelle. A qui est elle accordée ? Dieu l'a accordée, l'accorde et l'accordera à qui il lui plaira. De quelle manière, s'opère-t-elle ? De trois manières: la première lorsque Dieu se rend visible, comme il l'a fait pour les patriarches et pour les hommes quand il est venu sur la terre. La seconde, par l'apparition des anges, en les rendant visibles aux hommes et troisième, en donnant des impulsions et des inspirations intérieures. Par quels moyens l'homme parvient il à l'obtenir ? En se tenant toujours réuni à Dieu, à la sainte Eglise et la foi catholique et par les liens de la charité et de la foi. Lorsqu'on les possède, il suffit de demander avec ferveur à Dieu son assistance et si ce n'est pas aujourd'hui, il viendra ensuite un temps où il l'accordera. Quelqu'un parmi les vivants a-t-il obtenu cette vision ? Je n'en connais aucun, et moi seul, quoique pécheur, j'ai cru l'obtenir, au moyen de cette pulsation interne, c'est-à-dire, de la troisième manière dont je viens vous parler. Je n'ai jamais travaillé avec le diable et si j'ai été un pécheur, Dieu qui est si miséricordieux, m'aura, j'espère, pardonné. Comme homme je ne puis entrer dans les jugements de Dieu, il peut dispenser ses grâces à qui il lui plait, ainsi il peut les avoir dispensées à ces personnes.

J'entends et je veux entendre, que de même que ceux qui honorent leur père et leur mère et respectent le Souverain Pontife, sont bénis de Dieu, de même, tout ce que j'ai fait, je l'ai fait par ordre de Dieu, avec le pouvoir qu'il m'a communiqué et à l'avantage de Dieu et de la Sainte Eglise. J'entends donner les preuves de tout ce que j'ai fait et dit, non seulement physiquement, mais moralement, en faisant voir que, comme j'ai servi Dieu pour Dieu et par le pouvoir de Dieu, il m'a donné enfin le contre-poisson pour confondre et combatte l'Enfer, car je ne connais pas d'autres ennemis que ceux de l'Enfer. »

« Interrogé si l'homme a le pouvoir et l'autorité de commander aux esprits célestes, voici comme il déploya sa réponse : 'Je crois que l'homme, avec la permission de Dieu, peut parvenir à cela, parce que Dieu, avant sa mort, nous a laissée et donné la vision béatifique et divine, et que l'homme a été crée à l'image et la ressemblance de Dieu et les anges n'ont pas été crées comme l'homme, mais divinement.

Ce pouvoir pouvait donc être commun à tous les catholiques ? Sans doute, il est commun à tous les catholiques. On lui demanda comment donc il avait pu dire que sans son pouvoir les travaux ne réussissaient pas ? D'abord il répondit qu'ils ne réussissaient pas parce que ceux qui s'y employaient ne croyaient peut être pas en Dieu, ensuite il ajouta : 'Quelques-uns de ceux à qui j'ai donné le pouvoir ont réussi, d'autres n'ont pas réussi et je n'en sais pas la raison'. Je n'ai jamais mêlé le diable dans mes travaux et je n'ai jamais usé de choses qui tiennent à la superstition. Tout ce que j'ai fait a été l'effet d'une protection spéciale de Dieu envers moi que l'Etre suprême avait daigné m'accorder ainsi la vision béatifique, pour que je puisse mieux réussir dans mon projet d'enraciner profondément le système égyptien, d'insinuer les maximes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, de convertir les incrédules et de propager le catholicisme.

Ce pouvoir est le secours que Dieu donne à un bon catholique et qui dérive du don de cette vision béatifique que Jésus nous a laissé avant sa mort, par ces paroles : 'Ego claritatem quand dedisti mihi dedi eis : non pro his rogo tantum, sed et pro eis, qui credituri sunt per verbum eorum me, ut omnes unum sint .'» (27)

 

27 : Et moi, je leur ai donné la gloire que tu m'as donnée, pour qu'ils soient un comme nous sommes un : moi en eux, et toi en moi. Que leur unité soit parfaite ; ainsi, le monde saura que tu m'as envoyé, et que tu les as aimés comme tu m'as aimé. Je leur ai donné la gloire, quand tu m'as donnés: et pas pour eux seulement que je prie, mais encore pour ceux qui croiront en moi par leur parole, afin que tous soient un (voir traduction de Second) Evangile de Jésus-Christ selon saint Jean, chapitre 17, versets 1 à 26.


 

Ego sum homo (28)– la découverte de l'androgyne

« La femme ne doit elle pas aussi s'élever à la conception du Vraie et du Bien, participer à l'œuvre de régénération ? N'est-ce pas elle qui doit, la première, mettre le pied sur la tête du serpent ? N'est-ce pas dans le claire miroir de son âme qui doivent se réfléchir d'abord les premiers rayons de la Sagesse ? » - Cagliostro

Un aspect particulier du système que Cagliostro avait créé est le fait que la femme y avait sa place. Car Cagliostro avait créé aussi un système pour les femmes, comme il avait créé un système pour les hommes. Cela le différenciait complètement de la franc-maçonnerie, qui avait certes des loges d'adoption mais celles-ci étaient plutôt une manière de passer le temps ou de s'amuser avec des œuvres de charité ou des discussions de salon. Même de nos jours, la franc-maçonnerie exclut les femmes de ses rituels.

Dès le début, à Mitau, Cagliostro a permis aux femmes l'accès aux mêmes enseignements qu'aux hommes et, de plus, leur a donné des pratiques adaptées. A Mitau, Elisa von Recke, sa tante et sa cousine, participent à côté des hommes à ces leçons ésotériques. Au début, cela crée un grand scandale, car les hommes avaient du mal à l'accepter. Elisa l'écrit dans son journal : « Ils sont parus des difficultés, dont je ne donnerai pas les détails par peur d'être prolixe. Je dis seulement que même mon père, M. von Howen, mon oncle et M. von Korff ont refusé de participer à la fondation d'une Loge d'adoption. Nous avons demandé à Cagliostro de renoncer à cet idée, mais il a répondu qu'il ne renonce jamais et qu'il serait le dernier des hommes s'il n'établit pas cette loge ici sur les meilleures bases, et qu'à la fin ses plus acharnés opposants deviendront ses plus fervents partisans et l'encourageront dans cette démarche. On a dû supporter toutes les mauvaises plaisanterie et les blagues de ces messieurs

C'est à Paris qu'il installa la loge-mère d'adoption de l'Ordre égyptien. La structure était la même que pour les hommes, hormis que les 12 maîtresses recevaient les noms des douze sibylles (29) et la Grande Maîtresse était appelée Reine de Saba.

 

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                                                                   Salomon et la reine de Saba, vitrail du III ou IV siècle

 

En ce qui concerne la Reine de Saba, il y en a certains qui la croient être un personnage légendaire, d'autres considèrent qu'elle a vraiment existé. La Bible parle de sa rencontre avec le Roi Salomon, ainsi qu'un texte appelé Kebra Nagast (La Gloire des Rois), rédigé au XIVe siècle par un moine orthodoxe éthiopien d'après un manuscrit copte. La reine de Saba apparaît comme une femme extrêmement belle, mais aussi cultivée et intelligente, une érudite qui avait des connaissances magiques. A son tour, le roi Salomon était très connu pour sa sagesse, ses connaissances et sa croyance. Elle fait un voyage très long et difficile pour voir Salomon. Une fois arrivée, elle essaye de l'impressionner par la richesse et la grandeur des cadeaux qu'elle lui fait. Puis elle essaye de le mettre à l'épreuve en lui posant toute sorte de questions. Mais Salomon arrive à répondre à toutes. A son tour Salomon la teste, en la faisant entrer par une porte faite de verre où le sol imitait si bien l'eau qu'elle fut trompée, et pour passer elle remonta sa robe, dévoilant ses jambes devant Salomon. Elle se déclara vaincue. Salomon lui propose alors de devenir sa femme, mais elle refuse, car il en avait déjà de nombreuses et elle voulait être l'unique aimée par lui. Il lui promit alors de ne rien lui demander, si elle acceptait de ne rien prendre dans son palais. Dans le cas contraire, il aurait le droit de lui demander quelque chose, qu'elle ne pourrait refuser. Elle accepta. Mais un soir, après avoir assisté à un banquet où la nourriture avait été particulièrement épicée, elle ne pouvait pas dormir tellement elle avait soif. Comme il n'y avait rien à boire dans ses appartements, elle sort pour chercher. Dans le palais, il y avait un ruisseau qui avait été détourné exprès pour couler par les salons. Elle but l'eau du ruisseau et lorsqu'elle fut désaltérée, elle découvrit Salomon qui l'observait et se rendit compte qu'elle avait pris quelque chose de son palais. Celui-ci lui rappela sa promesse, et lui demanda de partager son lit, chose qu'elle fut obligée d'accepter. Après six mois, elle retournera dans son royaume. A son retour, elle accouchera d'un fils, Ménélik, qu'elle élèvera seule. Plus tard, celui-ci ira en Israël pour connaître son père.

Les symboles liés à la Reine de Saba occupent une place importante dans le rituel féminin. « La maitresse se lèvera et lui adressera le discours suivant :'Les connaissances que vous parviendrez à acquérir sont la certitude de l'existence de Dieu et celle de votre propre immortalité. Sachez que l'Eternel a crée l'homme en trois temps et trois souffles et que comme l'œuvre de la création était complète par celle de l'homme, un souffle a suffi pour nous former, nous, femmes. Vous comprendrez mieux un jour. Nous allons donc vous accorder ce souffle tel qu'il nous a été donné par notre Maîtresse.
En achevant ces mots, elle soufflera sur la récipiendaire en commençant par le front et en finissant par le menton, de manière que le souffle couvre tout son visage. Ensuite la maitresse reprendra : 'Je vous donne ce souffle pour faire germer et pénétrer dans votre cœur les vérités que nous possédons. Je vous le donne pour fortifier en vous la partie spirituelle.'

La Reine de Saba célébrait dans le temple de la capitale de son royaume une fête en l'honneur de Vénus, avec les prêtres et les ministres de cette fausse divinité, en présence d'un peuple immense. Au milieu du sacrifice elle eut visiblement la connaissance d'un ordre du sage Salomon qui l'obligeait à se rendre en personne au pied du tribunal de ce grand monarque. Elle partit et se rendit près de Salomon. Ce prince, charmé par l'obéissance et pénétré par son confiance, la fit préparer et purifier par ses ministres. Il ordonna ensuite qu'elle fût présentée à son tribunal. La reine éblouie par la magnificence inexprimable de Salomon et de son trône, abaissa modestement les yeux, elle demanda humblement à connaître la vérité et Salomon pour la propager ainsi que pour augmenter la gloire de l'Eternel lui permit d'approcher de l'autel sacré. Elle fut instruite des vérités de la religion et désabusée des erreurs d'avant. Il la convainquit de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme en lui faisant observer l'arbre de vie dont vous voyez ici l'image. Autour de cet arbre, Salomon avait fait entortiller l'orgueil, représenté par le serpent ; l'orgueil cause malheureuse qui, de l'élévation de nos sublimes connaissances, nous a fait tomber dans l'état inferieur et ténébreux où nous vivions. La pomme est le symbole du fruit défendu. Il a produit tous nos malheurs, c'est nous mêmes qui, abusant de notre empire, sommes parvenues à faire manger à l'homme le pépin funeste de ce fruit défendu. Mais ce même pépin, par la grâce de l'Eternel deviendra un jour le moyen de réparer cette perte, le fruit de notre gloire et le recouvrement du pouvoir que l'Etre suprême a accordée à l'homme. C'est ce qu'annonça Salomon à la reine de Saba, que je vous répète comme lui dans la même situation et dans le même sens. Il acheva ensuite de lui donner toutes les instructions physiques et morales. Il lui recommanda de propager la vérité parmi les idolâtres. Il lui communiqua pour y parvenir toutes ses connaissances et lui fit un dernier adieu. La reine, de retour dans le lieu fixé par Salomon, répandit la lumière en faisant connaître à tous les sujets qu'elle en trouva dignes et leur communiqua l'adoption parfaite qu'elle avait reçu. Dans la société dont elle fit choix, il s'y rencontra malheureusement une fille nommé Kalaipso (30) qui fut initiée trop promptement dans les connaissances que nous vous ferons communiquer peu à peu. L'orgueil s'empara de son esprit et le fit tomber dans l'erreur. Tremblez mes sœurs, de l'imiter un jour ; l'orgueil est la source de toutes les fautes que commet notre sexe. Il faut que vous l'étouffiez en vous mêmes pour pouvoir parvenir à recouvrir la gloire et votre innocence primitives. »

 

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                                                                              Le Roi Salomon, cathédrale de Strasbourg

 

Au deuxième niveau, celui de compagnonne on ajoute : « Salomon, après avoir reconnu l'esprit de la Reine de Saba, lui rendit évidente l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme, lui fit détruire le temple des faux dieux, écraser l'orgueil, couper la tête au serpent et la conduisit ainsi à la connaissance de la première matière. Sachez, mes enfants, qu'on ne parvient pas à cette possession par des livres, ni par des recherches puériles, mais seulement par la volonté de Dieu et le pouvoir d'un de ses élus. Salomon apprit aussi à cette grande reine que malgré ces deux puissants secours il fallait encore de la patience pour perfectionner cette précieuse matière tant au physique qu'au moral. Je fais des vœux que vous recueillez le fruit de la patience. Outre le précieux pépin que Salomon donna à la reine de Saba, il lui accorda la grâce de pénétrer à l'intérieur de son temple et d'y connaître les intermédiaires célestes qui environnent le trône de l'Eternel et servent à nous instruire de Sa volonté.

Vous avez pris jusqu'à ce jour des vérités pour des fables et des fables pour la vérité. Mais il n'en est pas de même dans notre école. Je vais vous le prouver en vous faisant le détail de la chute et du châtiment de Kalaipso dont on vous a déjà entretenue dans votre réception d'apprentie. La Reine de Saba comblée des bienfaits de Salomon et remplie du désir sincère d'étendre la gloire de l'Etre Suprême et de propager la vérité, s'empressa de former parmi les personnes de son sexe une loge d'adoption parfaite selon les ordres, les contractions, les lois et les catéchismes de Salomon. Son projet s'exécuta. Mais parmi les femmes qu'elle choisit et qui furent nommée sibylles, Kalaipso qui était du nombre avait une si grande présomption que, bravant sa maitresse et méprisant son autorité elle prétendit s'élever au dessus d'elle et la surpasser. Sa désobéissance et sa vanité furent punis. Bien loin de parvenir à dominer les êtres sublimes elle tomba dans la familiarité avec des esprits infimes et forma différents schismes dont notre sexe ressent encore aujourd'hui les funeste et malheureux effets. Cette Sybille a été reléguée dans une île inhabitée et invisible de la Mer Rouge. Possédant la première matière elle vit encore, mais son immortalité même ne la rend que plus méprisable ; elle soufre et gémit sans cesse. Elle éprouve le plus terrible tourment dont on puisse être accablé, celui de ne pas parvenir à s'approcher du trône de l'Eternel. »

Et enfin dans la cérémonie pour la Maîtresse : « La Reine de Saba s'étant rendue aux ordres de Salomon, ce roi, pour la convaincre de l'attachement et des sentiments favorables qu'elle lui avait inspirés, lui donna à son départ, non seulement des richesses, mais encore après lui avoir fait trancher la tête du serpent, il lui communiqua les moyens de se rendre immortelle. Ce sont les mêmes présents que je vais vous faire. Prêtez la plus sérieuse attention à toutes les opérations qui vont suivre : les richesses sont le premier présent que je vous fais.' La récipiendaire se mettra à genoux. La Grande Maîtresse continuera : 'Ce don est le premier que Salomon fit à la Reine de Saba. A ces mots, prenant dans l'un des vases quelques feuilles d'or, elle les dissipera par son souffle. La Maitresse des cérémonies ajoutera : 'Ainsi passe la gloire de ce monde'. La Grande Maitresse dira : 'Méprisez ces biens périssables, ces richesses passagères, ne vous en servez que pour le soulagement de vos semblables et principalement pour celui de vos frères et sœurs, car vous n'en êtes pas la dépositaire et devez les partager avec les indigents.

Les richesses furent le moindre présent que Salomon fit à la Reine de Saba. Ce grand monarque ayant perfectionné la matière première, il la sépara en liquide et solide. C'est la partie solide qui procure les richesses, et c'est le liquide qui donne l'immortalité. Salomon fit boire de cette liqueur précieuse à la reine et je vais vous faire la même grâce. Recevez-là comme l'emblème de celle que fut cette grande reine et avec la même intention. La Grande Maîtresse prendra en ce moment une cuillère de vin rouge et la fera avaler à la récipiendaire. »

« Elle lui attachera le cachet sur le cœur et dira : 'Le caractère qui est au milieu est le chiffre de notre fondateur. Les trois mots qui l'entourent signifient 'Je suis homme'. Apprenez qu'en effet, la partie spirituelle qui vit en nous est mâle et non femelle, ou pour parler plus juste, n'a point de sexe. Un jour arrivera où vous en serez point distinguée par votre sexe, mais par votre esprit qui doit travailler à s'élever et à adopter les sentiments convenables à votre nouvel état. »

 

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28 : Je suis homme.

29 : Les douze sibylles : Persique, Hellespontique, Erythrée, Samienne, Lybique, Tiburtine, Agrippine, Phrygienne, Américaine, Européenne, Delphienne, Cumée.

30 : Kalaipso donner explication


                                              

                             

Annexe I

 

Cette annexe, (que l'auteur voulait sans doute inclure dans le corps du livre) était pour elle essentiel pour comprendre ce contre quoi voulait lutter Cagliostro en fondant son ordre égyptien, et ce qu'il voulait apporter par son moyen. L'auteur n'ayant pas eu le temps de le mettre en forme nous avons essayé d'en extraire les parties les plus significatives. Selon ce qu'elle nous en avait dit, elle pensait que l'ordre de Cagliostro s'adressait tout autant aux représentants de l'illuminisme, celui-ci pouvant mener à un mysticisme extrême, qu'aux illuminés dont le danger était l'athéisme. Elle était par ailleurs convaincue que l'ordre égyptien avait également pour but de réunir les catholiques et les protestants.

 

L'Ordre égyptien - contre les Illuminés

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Cagliostro affirme avoir fondé l'Ordre égyptien pour s'opposer aux Illuminés. Qui sont ces Illuminés dont il parle ?

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De nos jours, ce nom est automatiquement associé aux Illuminati, groupe occulte fondé par Adam Weishaupt. Aujourd'hui on les appelle Illuminés de Bavière, or à l'époque de Cagliostro ils étaient connus sous le nom de Perfectibles ou Illuminants.
L'appellatif Illuminés était appliqué plutôt aux représentants de l'illuminisme, dont faisaient partie Swedenborg, les Illuminés de Berlin et les Illuminés d'Avignon de Dom Pernety, les Elus Cohen de Martinez de Pasqually.

 

Les lumières de la raison face aux lumières de l'esprit

Le XVIIIème siècle s'inscrit dans l'histoire de l'humanité comme le siècle des Lumières. Ce mouvement culturel et philosophique rassemble des libres penseurs, des rationalistes, des matérialistes et des progressistes. Mais il est également le siècle de l'exaltation, où prolifèrent les cercles occultes, et où il était à la mode de communiquer avec les esprits et les génies de la nature.

Avec la Réforme protestante du XVIème siècle, l'Eglise de Rome perd son monopole sur les questions spirituelles. La Bible réservée au clergé qui connaissait le latin est traduite dans des langues dites vulgaires. Tous ceux qui savent lire, et il y en a de plus en plus, même au sein du peuple, y ont accès et surtout peuvent interpréter ces textes sans l'intermédiaire des prêtres. On dénonce la corruption de la société et surtout du clergé, qui fait commerce des indulgences, on ne croit plus à ce bonheur hypothétique promis par l'église après la mort pour avoir mené une vie juste. Et l'on croit entrevoir la perspective d'un bonheur plus tangible, qui devient accessible dans cette vie.

La classe moyenne formée par les artisans et les commerçants se développe et s'enrichit. Pour la bourgeoisie cela n'a rien à faire avec les privilèges que la noblesse reçoit par naissance, comme un don du Ciel, mais c'est le résultat de ses propres efforts. La Providence n'y est pour rien. Après avoir gravi un premier échelon, cette nouvelle classe veut plus de pouvoir, et surtout transformer ce monde qui n'est pas adapté à ses besoins, celui-ci est construit et organisé pour satisfaire le goût de la noblesse et du clergé.

Le XVIIIème siècle est aussi le siècle des salons, par le moyen desquels ces idées progressistes sont propagées. Mais on ne se contente pas de débattre et de discuter. Pour changer l'ordre des choses il faut agir de manière unitaire, ces idées doivent s'incarner. A l'époque on ne parle pas encore de partis politiques, mais il existe bien des groupes plus ou moins secrets qui se rassemblent autour de ces idées. Le système des loges maçonniques qui se constitue pendant le XVIIIème siècle sera ce corps.

En France, comme ailleurs, il existait des ordres, comme l'ordre du Saint Esprit ou l'ordre de Saint Louis. Ils avaient leurs tenues, leurs rituels, leurs médailles et décorations, leurs privilèges et surtout donnaient le sentiment d'appartenir à une élite. C'était des cercles fermés, réservés à la noblesse et le privilège d'y être admis était accordé seulement par le Roi.

La maçonnerie se développa comme un mélange entre les rituels et symboles des confréries des maçons bâtisseurs (bourgeoisie) et les rituels et symboles des ordres chevaleresques et royaux. Pendant un temps, en France, les loges de la noblesse et celles de la bourgeoisie sont séparées, mais elles finissent (après quelques années de conflits et de scandales) par effacer les différences de classe. La noblesse, la bourgeoisie, les ministres du Roi, les membres de la Cour et le clergé se retrouvent dans ces loges dans un cadre où les nouvelles idées sont mieux acceptées et adoptées. La bourgeoisie croit partager les secrets et les mystères de l'élite.

Le XVIIIème siècle est aussi marqué par plusieurs congrès maçonniques qui témoignent des préoccupations de réunir toutes ces nombreuses loges sous un seul contrôle et une doctrine unique. L'enjeu est énorme. Imposer sa doctrine au système unifié des loges maçonniques signifie avoir le contrôle des élites. Car les loges réunissent les membres de la société – des hommes suffisamment bien placés par leur position sociale, politique ou financière pour transformer les choses. C'est donc sur le terrain de la maçonnerie qui se donnera une des plus importantes batailles dans cette guerre des lumières. Les deux courants de pensée : la raison et l'illuminisme essayeront de s'imposer comme doctrine unique de la franc-maçonnerie.

 

Les lumières de la Raison

Etre philosophe et franc maçon devient une vraie mode, c'est presque une occupation mondaine . On n'y voit aucun danger, mais l'enjeu est énorme - petit à petit on s'amuse à douter de tout, même de l'existence de Dieu. Et ceux qui ne sont pas des athées déclarés, deviennent déistes. Ils proclament une religion naturelle, dégagée de ce qu'on appelle désormais « les contradictions et les absurdités de la Bible ». La Révélation, les miracles, tout ce qui échappe à la logique et à la raison doivent disparaître ou sont qualifiées de supercheries. On remplace le Dieu chrétien avec un Dieu Grand Horloger ou Grand Architecte, logique, prévisible, explicable, qui gouverne sur un monde intelligible, où tout est rythmé pas des lois et procédures clairement définies, compréhensibles pour la raison humaine.

La philosophie des lumières n'a pas ses origines en France, même si la plus grande partie des philosophes sont français. Les Illuminés de Bavière ne sont pas non plus à l'origine de ce courant. Lorsque ce groupe est fondé par Adam Weishaupt en 1776, ces idées préoccupaient déjà depuis longtemps les intellectuels .

 

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                                                                                                  Voltaire par Houdon

 

Les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises de Voltaire datent de 1734. Inspiré par le système social anglais qu'il connaît pendant son exile à Londres il soutient le libéralisme, le progrès et la tolérance, il déclare la guerre à l'infâme – le fanatisme religieux. Malgré quelques divergences, Rousseau défend les mêmes valeurs, après avoir été lui aussi à Londres. A partir de 1747, 160 auteurs qui se réclament du groupe des philosophes travaillent sous la direction de Diderot et d'Alembert à la fameuse encyclopédie , pour que tout être humain puisse avoir accès à la connaissance.
Les temps sont difficiles, un changement devient nécessaire. Les philosophes sont déçus du système social où la religion est l'élément central. Ils ne croient plus à ceux qui se disent représentants de Dieu, le clergé et l'aristocratie, et qui n'ont pas été capables de régler les problèmes de la société. Certains d'entre eux ne croient plus en Dieu. Ils croient à la raison humaine, qui seule va résoudre tous les problèmes de la société et va apporter le bonheur universel.

On met en doute les textes religieux ; la Bible, livre sacré et intouchable est désormais mis en question. Tout doit se baser sur l'expérience directe, sur les faits, et ces faits ne sont plus accessibles, on n'a que ce que les hommes ont raconté et écrit. Rousseau (qui par contre ne se range pas parmi les athées) résume la nouvelle croyance : « Dieu lui-même a parlé : écoutez sa révélation ! Dieu a parlé ! Voilà certes un grand mot. Et à qui a-t-il parlé ? Il a parlé aux hommes. Pourquoi donc n'en ai-je rien entendu ? Il a chargé d'autres hommes de vous rendre sa parole. J'entends ! Ce sont des hommes qui vont me dire ce que Dieu a dit. J'aimerais mieux avoir entendu Dieu lui-même ; il ne lui en aurait pas coûté davantage, et j'aurais été à l'abri de la séduction. Il vous en garantit en manifestant la mission de ses envoyés. Comment cela ? Par des prodiges. Et où sont ces prodiges ? Dans les livres. Et qui a fait ces livres ? Des hommes. Et qui a vu ces prodiges ? Des hommes qui les attestent. Quoi ! Toujours des témoignages humains ! Toujours des hommes qui me rapportent ce que d'autres hommes ont rapporté ! Que d'hommes entre Dieu et moi ! »

Voltaire parle d'un Dieu Grand Horloger . C'est un Dieu rationnel, compréhensible pour la raison, intelligible, logique et prévisible qui gouverne le monde d'après des règles claires....d'après les lois que les gens ont pu entrevoir dans la nature. Tout se réduit à la connaissance humaine.
Il n'y a plus de place pour la révélation, pour la grâce divine , pour la Providence, pour les miracles. Dieu lui même obéit à des lois proclamés par l'homme suite à ses expériences. Tout ce qui ne peut être expliqué par la raison est nécessairement faux ou fabriqué. Les miracles sont des supercheries...

On demande des preuves pour croire et si celles-ci n'existent pas, en absence d'expérience, on nie. Diderot se déclare athée, après avoir passé successivement par le déisme, le scepticisme et le matérialisme. Il n'existe que la matière et ce que l'homme peut connaître avec ses sens. "Si vous voulez que je croie en Dieu, il faut que vous me le fassiez toucher." écrit il en 1749, dans Lettre sur les aveugles à l'usage de ceux qui voient.

En 1771, l'Académie française est partagée : d'une côté les dévots - conservateurs, fidèles à la vision de l'église, de l'autre côté les philosophes – progressistes, matérialistes, déistes ou athées, proclamant la suprématie de la Raison. Ils ne se contentent pas de débattre à l'Académie, dans les salons ou dans les cafés, ils veulent agir.

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Une excellente occasion se présente lorsque Turgot – que tout le monde appelle 'le candidat du parti des philosophes' – est nommé contrôleur général des finances (en juillet 1774). Vu l'état désastreux des finances, Turgot conseille une politique d'austérité, et propose à Louis XVI une profonde réforme, qui est la concrétisation des idées des philosophes . Mais il est renvoyé en mai 1776, après avoir proposé d'abolir les privilèges de la noblesse et du clergé. L'espoir de transformer le Roi de France en un monarque éclairé s'évanouit.

La situation est autre dans les pays protestants. La 'Glorieuse révolution d'Angleterre' de 1688 renversa le roi catholique Jacques II et instaura une monarchie constitutionnelle et parlementaire. L'Angleterre devient 'fille aînée' du libéralisme et de la raison, tout comme la France était la 'fille aînée' de l'église et du conservatisme.

En Europe, d'autres monarques, surtout dans les pays où le protestantisme se répand, adoptent une solution de compromis : le despotisme éclairé. Les plus connus représentants furent Frédéric II en Prusse (appelé également le roi philosophe), Catherine II en Russie, Gustave III en Suède, Marie Thérèse et Joseph II en Autriche.

 

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La France reste peut être le dernier grand pays d'Europe qui garde la monarchie absolue de droit divin comme forme de gouvernement. Louis XVI est sacré Roi par la même cérémonie d'onction à Reims que ses prédécesseurs, le Roi de France continue à être le serviteur de Dieu et protège l'église catholique. Seul le Roi connaît la raison d'état « qui est un mystère divin » - disait Louis XIV, le monarque absolu par excellence - « seul le Roi peut la connaître, car il y a un mystère de la monarchie ».

De l'autre côté les souverains éclairés se présentent comme les premiers serviteurs de l'État, leurs décisions sont dictés par la raison. Les philosophes français applaudissent les monarques éclairés. Voltaire a la prétention de devenir le conseiller de Frédéric II de Prusse, Diderot est le protégé de Catherine II. Mais après un long échange de lettres et un séjour à Berlin, Voltaire est déçu. Loin de voir en lui un conseiller, le Roi philosophe aurait dit : « on presse l'orange et on jette l'écorce ». Les philosophes se rendent vite compte que ces monarques aussi éclairés qu'ils soient adoptent les nouvelles idées seulement pour consolider leur pouvoir. Frédéric le Grand n'avait-il pas dit également : "Raisonnez tant que vous voudrez, et sur tout ce que vous voudrez, mais obéissez! » ? Pour qu'elles se concrétisent il fallait un autre organe d'action, une construction structuré et unitaire, et surtout motivée et intéressée à travailler au changement.

La réforme apporté par Cagliostro : un système ou les droits et la liberté sont respectés mais avec Dieu.

« L'Eternel n'a crée et formé la terre que pour l'homme et pour être gouvernée par lui. Mais il ne saurait pas y parvenir sans connaître la perfection du moral et du physique, sans avoir pénétré dans le véritable sanctuaire de la nature et sans posséder notre doctrine sacrée. »

 

 

                                                    Annexe II

 

L'ordre égyptien
La France - le pouvoir suprême

L'auteur aurait souhaité aborder, comme l'indique le titre, l'ordre égyptien dans sa relation à la France et au pouvoir suprême, dans cette expression, elle y voyait, nous le pensons, beaucoup plus que le simple pouvoir du Roi. C'est malheureusement la partie où elle nous laisse le moins de notes. Oralement elle nous avait dit avoir commencé des recherches sur l'histoire de France, surtout sur ses origines chrétiennes, particulièrement sur les consécrations que les Rois de France ont pu faire de la France à la Vierge, au Christ, à St Michel l'Archange, également sur le Sacre de ces mêmes Rois et sur leurs testaments.

Elle souhaitait démontrer le travail de destruction organisée et volontaire que certaines loges maçonniques mettaient en œuvre afin de couper la France de son origine chrétienne. Elle avait évoqué également la piste d'une nouvelle légitimité donnée à la France par le moyen de l'ordre égyptien - elle parlait du Sceau de Salomon.

Selon elle, cette nouvelle légitimité spirituelle retrouvée aurait également rayonnée sur Rome et le Vatican, puisqu'elle pensait, par la lecture de certains documents, que ce dernier était soumis à la France, et aux décisions prises par les Rois.

Pour finir elle souhaitait approfondir le personnage de Fersen et son influence possible sur Marie-Antoinette.

 

Marie-Antoinette et la Franc-maçonnerie

 

Marie Antoinette by Mme Vigée-Lebrun 1779

                                                                              Marie-Antoinette par Vigée-Lebrun 1779

 

Lettre de Marie-Antoinette à sa sœur Marie-Christine ce 26 Février 1781

« Je crois que vous vous frappez beaucoup trop de la Franc-maçonnerie pour ce qui regarde la France ; elle est loin d'avoir ici l'importance qu'elle peut avoir en d'autres parties de l'Europe par la raison que tout le monde en est ; on sait ainsi tout ce qui s'y passe : où donc est le danger ?

On aurait raison de s'en alarmer si c'était une société secrète de politique ; l'art du Gouvernement est au contraire de la laisser s'étendre, et ce n'est plus que ce que c'est en réalité, une société de bienfaisance et de plaisir ; on y mange beaucoup et l'on y parle et l'on y chante, ce qui fait dire au Roy que les gens qui chantent et qui boivent ne conspirent pas ; ce n'est nullement une société d'athées déclarés puisque, m'-a-t-on dit, Dieu y est dans toutes les bouches ; on y fait beaucoup de charité, ou élève les enfants des membres pauvres ou décédés, on marie leurs filles, il n'y a pas de mal à tout cela.

 

 

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Ces jours derniers la princesse de Lamballe a été nommée Grande Maîtresse dans une Loge.

" Elle m'a raconté toutes les jolies choses qu'on lui a dites, mais on y a vidé plus de verres encore qu'on y a chanté de couplets ; on doit prochainement doter deux filles ; je crois, après tout, que l'on pourrait faire du bien sans tant de cérémonies, mais il faut laisser à chacun sa manière ; pourvu qu'on fasse bien, qu'importe !
Adieu, je vous embrasse en sœur."

MARIE-ANTOINETTE.

 

 

 

* Le premier ministre Necker est franc-maçon. Marie-Antoinette bien que non initiée, est favorable à la franc-maçonnerie. On suppose qu'elle a peut-être assisté à des tenues blanches, c'est-à-dire des réunions ouvertes aux profanes, de la loge très côtée à l'époque, des Neufs Sœurs.

* L'analyse de la composition sociale des francs-maçons de l'époque nous a montré qu'il y a très peu de frères appartenant au Tiers-état alors que c'est celui-ci qui a porté les coups décisifs à la monarchie absolutiste établie par Louis XIV.

* La franc-maçonnerie n'est pas hostile à la monarchie. En effet, depuis 1771, le grand maître du Grand Orient de France est Philippe Egalité, duc d'Orléans.

 

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                                                                                                  Philippe Égalité

 

Celui-ci veut simplement remplacer Louis XVI sur le trône de France. Après la fuite du Roi à Varennes, il tente de se faire nommer Roi grâce à l'appui de certains maçons.

* Le discours de Corbin de Pontbriand de la loge bretonne "la Parfaite Union" lors de l'initiation d'un apprenti du nom de Moreau le 23 juillet 1789, illustre parfaitement l'image que de nombreux francs-maçons avaient de la Révolution. Ils imaginaient que les idées de Liberté, d'Egalité et de Fraternité de la franc-maçonnerie avaient touché le menu peuple, alors que seules la faim et la misère les avaient poussés à se révolter ; ils pensaient que leur grand maître, le duc d'Orléans, allait remplacer le Roi et permettre ainsi la diffusion libre des idées de la franc-maçonnerie.

Voici ce discours extrait de la Chaîne d'Union n° 10 juillet 1955 :

"C'est de nos temples et de ceux élevés à la Saine Philosophie que sont parties les premières étincelles du feu qui, s'étend de l'Orient à l'Occident, du Midi au septentrion de la France, a embrasé les cœurs de tous les citoyens,... Aucun de nous mes Très Chers Frères n'ignore que notre royal grand maître le duc d'Orléans a concouru plus que personne à l'heureuse révolution qui vient de s'opérer. Empressons-nous d'entrer dans ses vues."

* Barruel dans son "Mémoires pour servir l'histoire du jacobinisme" en 1799, a émis l'idée de la franc-maçonnerie mère de la Révolution.

 

                                                        Annexe III

 

Voici quelques autres pistes et réflexions que l'auteur avait notées dans le but d'une modification en profondeur du chapitre 5, consacrée à l'ordre Egyptien de Cagliostro. Nous n'avons laissé ici les aspects les plus significatives de celles-ci.

Etymologie du mot Vatican : Vatis, mot latin qui désigne les voyants, ceux qui avaient des visions et faisaient des prophéties.

Sous l'empereur Tibère leur activité est interdite à Rome, ils sont obligés de se réfugier de l'autre côté du Tibre, sur une plaine appelée Vaticinum.... l'emplacement du Vatican aujourd'hui.

 

La vision béatifique

« Dieu, avant sa mort, nous a laissée et donné la vision béatifique et divine. » - Cagliostro

Au-delà des détails historiques et de la structure de cet ordre ce qui compte c'est l'enseignement. Un élément revient sans cesse dans le discours de Cagliostro lorsqu'il parle d'Enoch et d'Elie il dit : « ils ont été revêtus du pouvoir suprême qui leur fut accordée par la divinité », Georgel, qui n'était pas du tout un partisan de Cagliostro note dans ses mémoires : « Il enseignait que les patriarches, Adam, Seth, Enoch, Noé, Abraham, Isaac et Jacob avaient bien connu la voie pour parvenir à l'intime familiarité de Dieu qui se communiquait sans cesse à eux ; qu'on ne pouvait mériter les mêmes faveurs qu'en suivant leurs traces. »

Devant l'Inquisition Cagliostro détaille ce pouvoir suprême qu'il appelle « vision béatifique ». Pour accomplir sa mission il affirme avoir reçu de Dieu ce pouvoir. Ce n'est pas loin de ce qu'en dit l'église, sauf que pour celle-ci il s'agit d'un privilège accordé après la mort à ceux qui ont eu une vie juste. Cagliostro affirme qu'il est possible de le recevoir de son vivant.
Mais Cagliostro ne parle pas de cette rencontre avec Dieu après la mort, il parle bien d'une ...... pendant la vie.

« Tout ce que j'ai fait – dit il devant les inquisiteurs – je l'ai fait par ordre de Dieu, avec le pouvoir qu'Il m'a communiqué et à l'avantage de Dieu et de la Sainte Eglise, de même que ceux qui honorent leur père et leur mère et respectent le Souverain Pontife, sont bénis par Dieu.
J'entends donner les preuves de tout ce que j'ai fait et dit, non seulement physiquement, mais moralement. Je montrerai que Dieu m'a donné le contre-poisson pour confondre et combatte l'Enfer, car j'ai servi Dieu pour Dieu et par le pouvoir de Dieu. Je ne connais pas d'autres ennemis que ceux de l'Enfer.
Tout ce que j'ai fait a été l'effet d'une protection spéciale de Dieu envers moi, l'Etre suprême a daigné m'accorder ainsi la vision béatifique, pour que je puisse mieux réussir dans mon projet d'enraciner profondément le système égyptien, d'insinuer les maximes de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme, de convertir les incrédules et de propager le catholicisme. »

Quel est ce pouvoir mystérieux ? Ce pouvoir refait le lien entre l'homme et Dieu le Père, par le Christ.

« Ce pouvoir est le secours que Dieu donne à un bon catholique et qui dérive du don de cette vision béatifique que Jésus nous a laissé avant sa mort, par ces paroles : 'Ego claritatem quand dedisti mihi dedi eis : non pro his rogo tantum, sed et pro eis, qui credituri sunt per verbum eorum me, ut omnes unum sint .

C'est ce passage de l'Evangile de Jean :
« Je leur ai donné la gloire que Tu m'as donné afin qu'ils soient un comme nous sommes un – moi en eux et Toi en moi » 17:22
« Je ne prie pas pour eux seulement, mais encore pour ceux qui croiront en moi à travers leur parole. » Jean 17:20

« La vision béatifique, continue Cagliostro, est une assistance spirituelle, une assistance angélique, une assistance surnaturelle.
A qui est-elle accordée ? Dieu l'a accordée, l'accorde et l'accordera à qui il lui plaira.
De quelle manière, s'opère-t-elle ? De trois manières : la première lorsque Dieu se rend visible, comme il l'a fait pour les patriarches et pour les hommes quand il est venu sur la terre. La seconde, par l'apparition des anges, en les rendant visibles aux hommes et troisième, en donnant des impulsions et des inspirations intérieures. »

Ce pouvoir qu'il a reçu de Dieu, Cagliostro peut le transmettre à ses disciples. Ceux-ci doivent faire preuve de charité et de foi afin d'obtenir des résultats en l'utilisant. « Aimez Dieu et votre prochain » c'est le message central de Cagliostro, comme se fut le message central du Christ.

« Par quels moyens l'homme parvient-il à l'obtenir ?
En se tenant toujours réuni à Dieu, à la sainte Eglise et la foi catholique et par les liens de la charité et de la foi.
Ce pouvoir pouvait donc être commun à tous les catholiques ?
Sans doute, il est commun à tous les catholiques.
On lui demanda comment donc il avait pu dire que sans son pouvoir les travaux ne réussissaient pas ?
D'abord il répondit qu'ils ne réussissaient pas parce que ceux qui s'y employaient ne croyaient peut être pas en Dieu, ensuite il ajouta : Quelques-uns de ceux à qui j'ai donné le pouvoir ont réussi, d'autres n'ont pas réussi et je n'en sais pas la raison. Comme homme je ne puis entrer dans les jugements de Dieu, Il peut dispenser ses grâces à qui il lui plait, ainsi il peut les avoir dispensées à ces personnes. »
« Si vous ne croyez pas à la vision béatifique, j'y crois, moi » conclut Cagliostro devant les inquisiteurs.

Comment est-il possible que les représentants de l'Eglise ne croyaient pas à ce que Jésus avait laissé et qui semble être le cœur de l'enseignement chrétien ? Pourquoi accuse-t-il Cagliostro d'avoir travaillé avec le diable ?
L'Eglise avait devant elle un prophète. Encore un ! Cagliostro les obligeait à revoir l'ancienne question – quoi faire avec ceux qui apportent un message du Ciel ? Comment distinguer entre les prophètes de Dieu et ceux du diable ?

256 : Dans l'histoire de l'église elle attribue souvent les prophéties au diable...
257 : C'était une polémique ancienne de l'église : saint Justin, Tertullien, Minucius félix (les premiers apologistes chrétiens)

Est-ce Cagliostro qui a inventé tout cela ? Certainement non – tout ce qu'il dit est conforme au message de l'Evangile. Confirmé également par les informations que nous avons sur l'histoire du christianisme. Car au tout début du christianisme l'église primitive se constitue sur la légitimité des Apôtres en tant que témoins et détenteurs du message du Christ... cette légitimité est prouvée à la Pentecôte lorsque le Saint esprit descend sur eux.

D'ailleurs, pendant les réunions de l'Ordre égyptien de Cagliostro les participants chantaient : Veni Creator Spiritus . On demande la descente du Saint Esprit et son assistance, en faisant appel à ce qu'il s'était passé lors de la Pentecôte.

L'église primitive a une seule vocation – répandre la bonne nouvelle – l'Evangile. La bonne nouvelle n'est pas seulement la venue du Messie tant attendu, c'est surtout sa Résurrection, sa victoire sur la mort, sur les limites de la matière et également sa promesses : tous ceux qui croient en lui, qui aiment Dieu et leurs prochains seront écoutés par Dieu lorsqu'ils demanderont. Il refait le lien entre l'homme et Dieu....

Cagliostro dit la même chose : « Lorsqu'on les possède, il suffit de demander avec ferveur à Dieu son assistance et si ce n'est pas aujourd'hui, il viendra ensuite un temps où il l'accordera. »

Si ce message était le centre de l'église primitive comment se fait-il que l'église de Rome n'y croit plus 1700 ans après ?
Les recherches récentes montrent qu'à un moment donné cette vocation prophétique s'est perdue. Voir notamment : « Prophétisme et institution dans le christianisme primitif », Guy Bonneau.

Ce prophétisme n'a rien à faire avec la divination ou les prédictions réalisées par les sciences ésotériques et occultes. Il ne se réduit pas à la connaissance du futur ou aux réponses à des questions qui travaillent l'être humains lorsqu'il doit prendre des décisions importantes. Guy Bonneau le montre également : « la prophétie hellénistique n'était pratiquement jamais le résultat d'une initiative divine. Elle faisait plutôt suite à la demande explicite d'une personne ou d'un groupe. La situation du prophétisme chrétien diffère grandement des habitudes du monde gréco-romain. C'est Dieu lui-même qui décide d'inspirer les prophètes chrétiens. Ces derniers ne sont pas des devins au service d'individus qui le consultent. Leur intérêt ne se porte pas sur les questions du quotidien ou du futur immédiat. »

D'ailleurs Cagliostro l'indiquent très bien lorsqu'il dit à Madame de la Motte « Je répondis à Madame de la Motte que toutes les prédictions étaient des sottises.» Il parle bien de prédictions, pas de prophéties. Il avertit en même temps ses disciples que dans les cérémonies de l'ordre égyptien il ne faut jamais poser de questions par curiosité. De plus l'Ordre égyptien de Cagliostro installe à son niveau le plus élevé 12 prophètes pour les hommes, et 12 sibylles pour les femmes Les sibylles sont souvent associées avec l'antiquité gréco romaine où elles représentaient des oracles féminins, les dieux communiquaient avec les êtres humains par leurs bouches. Mais elles ont été présentent dans le christianisme jusqu'au moyen-âge et présentées comme des femmes qui parle par le Saint Esprit. L'art de l'Eglise le témoigne – on en trouve des représentation dans des églises notamment dans la chapelle Sixtine à Rome à côté des Prophètes, dans la bibliothèque du pape Jules II au Vatican, dans l'eglise Santa Maria in Aracoeli, à Rome. Un canon de l'Eglise établit qu'il y a 12 sybilles. On représente souvent Marie-Madeleine comme sybille. Après le concile de trente en 1563 elles disparaissent de l'art chrétien.

Les douze sibylles de Cagliostro : Persique, Hellespontique, Erythrée, Samienne, Lybique, Tiburtine, Agrippine, Phrygienne, Américaine, Européenne, Delphienne, Cumée. Nous les retrouvont dans l'histoire de l'Eglise. On dit que la sybille Samienne a prophétisé la naissance de Jésus dans une étable, la sybille Phrygienne avait annoncé la réssurection de Jésus, la sybille Cumée la naissance de Jésus de la Vierge Marie, ou la sybille Tiburtine qui annonce la naissance de Jésus à l'empereur Cesar Augustus.

En allant à Rome, Cagliostro voulait donc redonner à l'Eglise ce qu'elle avait perdu, cette fonction prophétique, ce lien direct avec Dieu par le Christ, que Jésus avait laissé à l'humanité.

 

L'enseignement de Cagliostro se réduit à trois axes principaux :

                                                   Aimer Dieu - la confiance en Dieu

                        La prière – s'adresser directement à Dieu et être entendus par Lui

                                                   La charité – amour du prochain

 

                                      Conclusion, c'est le message du Christ

                                                              Aimer Dieu
                                                    Aimer son prochain
                Frappez et il vous sera ouvert, demandez et il vous sera répondu ;

                             si vous croyiez en moi et si vous aimez votre prochain.