Marc Haven et le Maître inconnu

Marc Haven est le pseudonyme  sous lequel le docteur Emmanuel Lalande a signé ses ouvrages. De ces derniers, nous intéressent surtout: 

L’Évangile de Cagliostro paru en 1910 (publication du témoignage laissé par Clementino Vanetti, sous le titre Liber memorialis de Caleostro cum esset Roboreti). Le texte  est disponible sur le site Livres-mystiques (cliquez sur le lien).

 

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Cagliostro, le maître inconnu.  Etude historique sur la haute magie paru en 1913, chez Dorbon. Cet ouvrage a été reédité en 1995 par Dervy (cliquez sur le lien). Il est également disponible en format électronique sur le site d'e-books Arbre d'or (cliquez sur le lien).


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« Quand on a lu ce livre passionnant on se demande si l’on sort d’un rêve. Cagliostro, en somme, sans que l’auteur le  dise jamais, nous apparaît comme un de ces individus que l’on rencontre a diverses époques et que la science ne veut pas reconnaître, mais qui existent pourtant et qui sont capables les uns de certains actes de divination troublante, les autres de certaines guérisons inexplicables.

Seulement parmi ces gens, dont Monsieur Philippe était surement, il n’en est guère qui terminent tranquillement leur carrière. Il semble que leur hypersensibilité les brise rapidement, lorsque des événements extérieurs ne viennent pas les tuer. Leur pouvoir, en quelque sorte extra humain, ne s’accorde ni avec une vie calme ni avec un succès durable dans la société, laquelle est à la fois si avide de l’inconnu et si hostile a ceux qui semblent s’en approcher».

(Jules Le Gras)

 

La présence de Monsieur Philippe de Lyon dans la vie d’Emmanuel Lalande a sans doute influencé son ouvrage sur Cagliostro.

Dès le début de son livre, le docteur Lalande fait référence — sans pourtant citer de nom — à la manière dont la presse du XX-ème siècle relatait les actions  de Monsieur Philippe :

 

«Je me souviens toujours d’un article de journal paru au XXe siècle et donnant d’un contemporain une biographie, ornée de la reproduction de sa photographie. Celui qui s’occupant du personnage en question, retrouvera dans cent ans ce journal, pourra-t-il ne pas classer cette étude parmi les plus importants de ses documents ? Or le cliché était celui d’un inconnu, ne ressemblant même pas au héros de l’histoire. La biographie faisait naitre à Constantinople dans un harem, celui qui avait vu le jour, fils de simples cultivateurs, dans un village, en France. J’ai heureusement oublié le reste. Ce souvenir m’a poursuivi pendant que j’étudiais Cagliostro. Si de telles erreurs peuvent s’imprimer de nos jours et se répandre si facilement, si nous vivons au milieu des événements contemporains sans pouvoir en apprécier le caractère, souvent même sans en avoir connaissance dans quel brouillard d’illusions, dans quel monde de fantaisie devons nous être plongés relativement au passé ?

Lorsqu’on s’occupe d’un homme qui a joué dans l’histoire un rôle quelque peu important on se trouve en présence de difficultés bien grandes provenant de l’éloignement, du parti pris, des opinions admises, la partialité des contemporains prend d’autant plus d’importance que le temps , en s’écoulant rend le contrôle plus impossible ; une opinion générale, la plus souvent celle du livre le plus attrayant ou le plus répandu, s’établi et, dès lors, tout écrivain amené a parler du fait historique ou de l’homme qui laissa un nom, s’en tiendra à ce jugement, définitif selon lui, parce que la masse l’a peu à peu sanctionné de sa paresse et de sa crédulité.»


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L’ouvrage sur Cagliostro fut  écrit à la mémoire de M. Philippe, «pour mieux comprendre l’un par l’autre». Le docteur Lalande a été un observateur privilégié des guérissons et des miracles étonnants opérés par le thaumaturge lyonnais,  similaires à ceux opérés par Cagliostro au XVIII-ème siècle. Il fut aussi le témoin des persécutions, des calomnies et de l’acharnement des autorités, mais aussi scrutateur de la manière dont la presse traitait des sujets dont elle ignorait tout. Emmanuel Lalande vécut pendant des années dans l’intimité du Maître Philippe, dont il fut le gendre.


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Emmanuel Marc Henry Lalande est né le 24 décembre 1868 à Nancy.

«Il ressemblait beaucoup à sa mère, des manières au physique, par ses traits, ses yeux un peu inégaux, sa figure maigre et son teint brun: intellectuellement, par son imagination, son gout pour les vers, son esprit, son genre d’humour, sa faculté de saisir instantanément les ridicules. Comme elle, il les relevait parfois d’un mot incisif, mais plus souvent il les remarquait sans rien dire, car il parlait peu. 

Mobile, passionné, il était animé d’un vif amour-propre, ardent et discret dans ses propos. Il était doué d’un sens psychologique aigu, d’une interprétation subtile et rapide de ce qu’il voyait et entendait. Dès son enfance il avait une étonnante promptitude à deviner le mot d’une charade, d’un rebus, d’un proverbe.  Plus tard ces mêmes dons lui faisaient sentir presque intuitivement ce que pensaient les autres.  Sa facilité à sentir et à interpréter les sentiments d’autrui était une source de bienveillance et de pitié. Il montra aussi de très bonne heure une imagination peu commune»

(André Lalande, frère du dr. Lalande)

En 1887 il monte à Paris pour étudier la médecine. Il  fréquente alors le cercle occultiste de la rue de Trévise où il fait connaissance de Chamuel, fondateur de la Librairie du Merveilleux, puis de  Papus (le Dr Gérard Encausse, étudiant en médecine,  déjà auteur de plusieurs ouvrages ésotériques et fondateur de la revue Le voile d’Isis et de l’Initiation.)

En 1892 il publie chez Chamuel un volume de poésies, Turris eburnea (La tour d’ivoire) qu’il signe pour la première fois de son nomen mystique, Marc Haven (extrait comme celui de Papus du Nuctemeron d’Apollonius de Tyane). L’héliogravure ornant ce volume représente un sphinx égyptien et les titres des cinq chapitres ont de fortes résonances hermétiques: Sur le seuil, Les sept degrés, Les douze paliers, Les trois terrasses, Le trône suprême.

 

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Sous l’influence de Papus il commence à s’intéresser vivement à l’homéopathie et à l’alchimie et devient (en 1893) membre du conseil suprême de l’Ordre Kabbalistique de la Rose-Croix, dirigé par Papus et Stanislas de Guaïta. Mais il donnera sa démission après avoir connu Monsieur Philippe.

En 1896 il passe son doctorat, en présentant une thèse sur le médecin alchimiste du Moyen Age, Arnaud de Villeneuve, il décrit la thérapeutique de celui-ci, mais aussi ses idées hermétiques, astrologiques et spirituelles. Cette thèse est publié chez Chamuel sous le titre La vie et les œuvres de maître Arnaud de Villeneuve.


«Esprit pondéré et sévère, il était extrêmement correct, fort aimable mais distant. Il intimidait plutôt à première vue, malgré la vivacité de sa nature, qui se traduisait parfois par un mot, ou par un geste vis-à-vis les siens. On décrivait le docteur comme étant très pessimiste, morose même et surtout craignant toute invasion dans sa famille, fort jaloux de son intérieur.»

(Olga Chestakoff Marshall - Marie Lalande, deuxième épouse du dr. Lalande)

  

Après avoir fini ses études, sa famille lui conseilla de s’établir à Grenoble, mais Papus l’envoya à Lyon pour effectuer  des recherches sur les guérissons miraculeuses opérés par Monsieur Philippe.

Papus souhaitait rencontrer Monsieur Philippe personnellement, mais ses proches amis s’y opposèrent : «Non, toi, tu vas t’emballer, tu vas tout de suite nous dire qu’il s’agit d’un mage, tu vas trouver quelque chose de merveilleux ! Non. On va lui envoyer le plus récalcitrant de nous tous, le plus prudent, le plus sceptique, on va lui envoyer Lalande. » Et Emmanuel Lalande y alla et ne revint pas. La rencontre avec Monsieur Philippe changea le cours de sa vie pour toujours.

En arrivant à Lyon, le jeune docteur ouvra son cabinet au 11 rue Tronchet, tout prés de la rue de la Tête d’or, où Monsieur Philippe avait sa maison. Il reconnut très vite en cette personne son Maître. Il commença à assister à ses consultations et aux séances publiques, à valider ses ordonnances, à prendre sa part contre les attaques des médecins officiels.

Il fut nommé médecin de l’Hôpital St. Luc de Lyon. Mais sa vie se passa surtout autour de Monsieur Philippe, dont il devint le gendre en  septembre 1897, en épousant sa fille Victoire. «Je sais que là sont mon bonheur et ma destinée» écrit-il à son père.

En août 1904, Victoire Lalande décéda.  Monsieur Philippe lui avait annoncé sa mort le jour de son mariage et il choisit de ne rien faire pour la sauver. Sa mort fut un sacrifice. Monsieur Philippe ne se remit jamais de ce départ et mourut un an plus tard, en août 1905.

Emmanuel Lalande expira en 1926. Phaneg, un autre disciple de Monsieur Philippe lui rendra hommage dans un article, paru dans le Voile d’Isis, où il parle aussi de son ouvrage sur Cagliostro :

« Je voudrais dire ici quelques mots de cet extraordinaire Cagliostro auquel Marc-Haven travailla 20 ans après Papus. Je le voudrais parce que je considère que ce livre dépasse de beaucoup son cadre, en ce sens qu'il touche aux plus profonds mystères des «Amis du Christ» sur la terre et, de ces créatures incompréhensibles que l'Evangile appelle nées de l'Esprit, et non de la volonté de l'Homme.

On a voulu prétendre que le livre était «une thèse» et que l'auteur avait tout sacrifié au triomphe de son idée préconçue, mais pour ceux surtout qui ont pu approcher même de loin, il y a 20 ans, un ami de Dieu véritable il ne peut y avoir aucun doute en lisant ce que Cagliostro dit de lui-même, dans son mémoire au Procureur, pour le procès du Collier de la Reine.

Il suffira à ceux qui, sans être encore des Enfants de Dieu en ont pris le chemin, de lire attentivement ces pages pour être édifiés.»

(Phaneg)

 

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