La maison de Paris - Rue Saint Claude

 

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Malgré son habitude de ne pas voyager durant l’hiver, Cagliostro, quittant Lyon,  arriva à Paris, le soir du 30 janvier 1785, vers 21 heures.

C’était  son second séjour dans la capitale française. En 1783 il y avait déjà passé treize jours, répondant aux insistances du cardinal de Rohan afin de soigner  son cousin, le Prince de Soubise, gravement  malade. Il guérit le prince, mais aussi beaucoup d’autres patients. Pendant ce court séjour, il reçut  des centaines de personnes en  donnant chaque jour des consultations de 5 heures du matin, jusqu’a minuit.

Cette fois, Cagliostro décida de ne pas  voir des malades. Son disciple, Ramond de Carbonnieres, secrétaire personnel du cardinal, eut pour  mission de lui dénicher  une demeure privée. Il lui trouva un appartement dans une maison appartenant à la marquise d’Orvilliers, située rue Saint Claude, au Marais. Il y loua le premier étage. A son arrivé les aménagements n’étant pas terminés, il résida  pour quelque temps dans un des hôtels garnis du Palais Royal.

Il est important d’insister sur ce fait : jamais il n’habita le palais du cardinal.  Il ne loua que le premier étage de la maison Rue St. Claude et il paya sur ses propres deniers  pour cette résidence. Cela n’empêcha pas l’intrigante  Jeanne de La Motte de répandre des rumeurs sur le luxe du somptueux palais  de la Rue St Claude, qui aurait été occupé entièrement par la comte de  Cagliostro, aux frais du cardinal.

Les autres étages de la maison Rue St. Claude étaient loués  par la marquise d'Orvilliers à d’autres personnes, comme Mme de Boissonier, dont l’aide fut si précieux à la comtesse Sarafina, pendant sa détention à la Bastille.

C’est dans ce quartier  que le cardinal de  Rohan  lui rendra souvent visite. C’est ici qu’on aménagea une pièce pour la loge parisienne de l’Ordre égyptien. C’est par la porte de cette maison que le matin du 23 août 1785, Cagliostro fut traîné par la Police à la Bastille. C’est sur la terrasse de cette maison, donnant sur le boulevard Beaumarchais, qu’il fut obligé de se montrer à la foule enthousiaste, le 31 mai 1786 la  nuit de son acquittement. C’est ici qu’il reçut la nouvelle de son exil du royaume de France.

 

Cette maison a excité l’imagination des écrivains, comme tous  les lieux  où  Cagliostro a séjourné. Le romancier français Alexandre Dumas la décrit  à sa façon dans sa saga « Joseph Balsamo, mémoires d’un médecin », avec des pièces dérobées et des portes secrètes. L’écrivain anglais Sax Rohmer en fait le  lieu d’un crime dans un roman, de style Conan Doyle, «La griffe jaune»  (The Yellow Claw).  

G. Lenôtre lui consacra en 1910 un chapitre entier, dans son ouvrage « Vieilles maisons, vieux papiers ». Malheureusement, il mélange ses observations directes avec des descriptions tirées des pamphlets du XVIII-ème siècle. Il a pourtant le mérite d’enregistrer la remarquable coïncidence du remplacement de la porte charretière par une porte provenant de la tour du Temple, prison du roi Louis XVI.

« Il existe encore, et l’on s’imagine sans effort l’effet qu’elle devait faire dans la nuit a ceux qui passaient sur le rempart désert avec ses pavillons d’angle, alors dissimulés par de vieux arbres, ses cours profondes, ses larges terrasses, quand les lueurs vives des creusets de l’alchimiste filtraient des hautes persiennes. L’hôtel, qui garde de nobles lignes sous les constructions parasites élevées au cours de ce siècle, conserve je ne sais quoi de baroque et d’inquiétant. La porte charretière s’ouvre sur la Rue St Claude, a l‘angle du Boulevard Beaumarchais ; la cour, resserrée entre les constructions, est d’aspect morose et solennel; tout au fond, sur un porche dallé, l’escalier de pierre que le temps a laissé et qui a conservé son ancienne rampe de fer. Un escalier dérobé, aujourd’hui muré, doublant le grand degré, montai jusqu’au second étage où l’on retrouve sa trace ; un troisième escalier, étroit et tortueux subsiste encore à l’autre extrémité de l’immeuble du côté du boulevard ; il s’enroule en plein mur dans l’obscurité la plus épaisse et desserte des anciens salons – aujourd’hui coupés de cloisons – dont les portes fenêtres ouvraient sur un terrasse qui a gardé ses balcons de fer. Au dessous se trouvent, avec leurs portes vermoulues, la remise et les écuries.

 

 Dans l’ante chambre était gravée sur un marbre noir, en caractères d’or, la prière universelle de Pope : « Père de l’univers, suprême intelligence, etc. » dont Paris devait dix ans plus tard, chanter la paraphrase en manière d’hymne à l’Etre suprême. Son appartement resta clos tant que dura la révolution; en 1805 seulement on ouvrit les portes, fermées depuis 18 ans et le propriétaire fit vendre les meubles qui avaient servi 18 mois à Cagliostro. »    

 
Lenôtre se trompe et reprend ce que avaient dit les propriétaires, qui ont profité d'un nom si célébre pour vendre leurs meubles. Car avant de quitter la France, début juin 1786, la comtesse Sarafina était restée à Paris pour vendre les meubles.

 
 

« Depuis lors la calme maison de la rue St. Claude n’a plus eu d’histoire. Je me trompe; vers 1855, comme on y avait entreprise quelques réparations, on changea les battants de l’ancienne porte charretière ; les vantaux de menuiserie qui les remplacèrent provenait de démolitions du Palais du Temple ; ils sont encore là, avec leurs gros verrous et leurs énormes serrures. La porte de la prison de Louis XVI fermant la maison de Cagliostro…. Il y a de ces hasards. »


 Cette maison est ornée aujourd’hui d’une plaque, qui renseigne  les touristes sur l’historique du lieu, mais en leur donnant une vision erronée. Le texte présente le comte de Cagliostro comme un aventurier et un charlatan, dupant le Cardinal. De  plus, l'année  indiquée pour son exile est eronnée : après avoir été innocenté par la Parlement de Paris dans le procès du collier, Cagliostro a été exilé injustement par le Roi en mai 1786, soit neuf années plus tôt que la date indiquée. Il ne mena pas une vie nomade, mais vécut en Angleterre et en Suisse où continua à être persécuté  par ses ennemis, pour devenir finalement la dernière victime de l’Inquisition.

 

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