La mise en terre de Cagliostro (1). La porte étroite

«Chacun de vous est appelé à passer par la porte étroite et, on peut dire qu’au cours de son existence l’homme passe par trois portes: celle de la naissance par laquelle passent tous les hommes, qu’ils soient bons ou mauvais. Ensuite, la porte de la mort, et là encore passent les bons et les mauvais. Mais la porte étroite, la porte de l’Initiation, seuls peuvent y passer ceux qui sont capables de grands sacrifices et renoncements.»

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Lorsque Alexandre de Cagliostro rendit son dernier souffle le 26 août 1795, rares furent les dépositions concernant ses obsèques et son inhumation.  Dans la « civilta cattolica », du 23 décembre 1878, un nom est révélé, celui de Marco Perazzoni qui déclara :

- Io ho conosciuto il Cagliostro vivo e morto. Era uomo di mezzana statura con barba bianca e lunga: vestiva tutto di bianco e non era bruto  .

- J’ai connu Cagliostro vivant  et mort. C’était un homme de taille moyenne avec une longue barbe blanche.  Il s’habillait tout en  blanc et il n'était pas laid.

Marco Perazzoni était âgé de 92 ans  mais il se souvenait encore de cet épisode comme il le confia au prélat Oreglia di San Stefano :

"Quand le comte mourut, j'avais 9 ans. Je me souviens très bien de son enterrement. Son corps, habillé, déposé sur un battant de porte en bois, fut transporté à épaule par quatre hommes, lesquels, une fois sortis de la forteresse, descendirent vers l'esplanade. Ceux-ci étaient fatigués et transpiraient beaucoup (c'était le mois d'août). Afin de se reposer, ils posèrent la dépouille sur le parapet d'un petit puit qui existe encore (voir photo ci-dessous), et ils allèrent boire un verre de vin. Ensuite ils récupérèrent le cadavre et le conduirent au lieu de la sépulture. Moi, tenu par la main par un de ma parenté, je suivais le triste et misérable convoi. Comme il n'y avait aucun curé, ce convoi avait un aspect diabolique. A sa vue, les rares passants s'enfuyaient en faisant le signe de croix. Une fois la fosse creusée, le cadavre fut descendu au fond. Sous sa tête, ils mirent un gros caillou, sur son visage un vieux mouchoir, ensuite ils couvrirent de terre. Quelques années après, arrivèrent les Polonais qui prirent la forteresse. Ceux-ci remirent en liberté les condamnés qui aidés par des soldats se mirent à creuser la sépulture, s'emparèrent du crâne de Cagliostro et y burent du vin, ceci dans les cantines du conte Nardini de San Leo ..."

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Ce témoignage véhicule émotions et tristesse, une expression de l’absence de miséricorde et de l’intolérance religieuse. Mais ceci est de la police humaine pourrait on dire.

Il nous semble que personnes n’aient véritablement expliqué l’aspect philosophique de ce récit car si les autorités catholiques ont refusé une sépulture religieuse à Alexandre de Cagliostro qualifié d’hérétique (comme le mentionne son acte de décès) , il apparaît qu’à contrario les faits décrits nous aspirent vers un sacralité des plus éminente.

En effet Marco Perrazzoni nous transmet un visuel « Son corps, habillé, déposé sur un battant de porte en bois, fut transporté à épaule par quatre hommes… ». Certes, nous pourrions discourir sur le mystère du quaternaire, des quatre éléments terrestres composant tout matière, du rectangle et de sa géométrie mais aussi des quatre saisons et du parcours solaire mais avant tout nous préférons développer un thème majeur, celui du gardien du seuil et de la porte solsticiale.

Imaginons la dépouille du Comte, son visage ornée d’une barbe blanche, ses cheveux grisonnants reflets des souffrances endurées, reposant sur un battant de porte, oui de Porte car Cagliostro en fut une, proposant à tout à chacun une entrée dans un monde intérieur spiritualisé, un Au Delà. Dans cette gestuelle précise, nous entrevoyons des indications sur l’importance du travail qu’effectua le Comte de Cagliostro. A cet instant, cet épisode dont le témoin est un très jeune enfant (tel un pupille), Alexandre de Cagliostro s’identifie à Janus, divinité romaine des plus importante, le Gardien  des Portes, Maître des Mystères et Père de l’Initiation.

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Janus, écrit René Guénon, « est proprement le Janitor qui ouvre et qui ferme les portes du cycle annuel, avec les clefs qui sont un de ses principaux attributs…ses portes, que Janus a pour fonction d’ouvrir et de fermer, ne sont autres que les portes solsticiale, …en outre la fête de Janus, à Rome, était célébrée aux deux solstices par les collegia Fabrorum…les portes solsticiales donnant accès aux deux moitiés ascendante et descendante du cycle zodiacal qui y ont leurs points de départ respectifs… Janus est aussi par là « le Maître des deux voies »….On peux facilement comprendre, d’après cela, que les clés de Janus sont en réalité les mêmes que celles qui, suivant la tradition chrétienne, ouvrent et ferment le « Royaume des Cieux » et cela d’autant plus que sous un autre rapport, ces deux mêmes clefs, l’une d’or et l’autre d’argent, étaient aussi celle des « Grands mystères » et des Petits mystères ».

En effet Janus, était le Dieu de l’Initiation, et cette attribution est des plus importantes, … Dans le christianisme, les fêtes solsticiales de Janus sont devenues celle des deux saints Jean, et celles ci sont toujours célébrées aux mêmes époques, c’est à dire aux environs immédiats des deux solstices d’hiver et d’été ; et ce qui est bien significatif aussi, c’est que l’aspect ésotérique de la tradition chrétienne a toujours été regardé comme 'Johannite'. »

Hors, comme pour renforcer ce sens, Alexandre de Cagliostro fut arrêté par l’inquisition un 27 décembre, jour de la St Jean, nous démontrant alors à quelle porte solsticiale il gardait l’entrée. Ce solstice d’hiver, couvert par le signe du capricorne, était désigné dans les Mystères sous le terme de « Porte des Dieux », à contrario du solstice d’été devenant la « Porte des Hommes », mystère de la respiration cosmique, du cycle ascendant et descendant dans lequel la lumière tient le rôle majeur.

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« Sol Invictus », le Soleil Invaincu, renaissant, ce Soleil de minuit, le Non Manifesté, la Porte des Dieux, Accès sur le Ciel, ouvrant sur le Royaume et Siècle d’Or dont Janus était un des Gardien du seuil, nous offrant une perspective d’éternité, Voie de sortie des états humains et dont Alexandre, Comte de Cagliostro fut le chantre et un guide avisé.

Voilà pourquoi quatre hommes le transportait ainsi sur un battant de porte, les quatre éléments glorifiant la Quintessence.

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NICODÈME.

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