La mise en terre de Cagliostro (2). Sur la margelle

«Si quelqu’un ne renaît pas de l’eau et du Saint Esprit, il ne peut pas entrer dans le royaume de Dieu. Jean 3 ;5»

La triste procession continue son chemin. Le climat est torride en ce 28 août, un vent du sud souffle,  et nos porteurs de Portes souffrent, transpirent et suent en abondance. Le cortège progresse lentement. Parvenant près d’un puits, ils déposent sur la margelle leur charge et de concert, s’acheminent vers la taverne la plus proche afin de se désaltérer avec du vin.

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Le processus symbolique continue, comme une signature d’un ailleurs très présent. Il y a la chaleur, qualité igné. Cagliostro, de son vivant était porteur d’un feu cardiaque offrant à ses compagnons Amour et réconfort.

Mais nos quatre solides gaillards  subissent cette chaleur, par son côté incandescent et infernal. Leurs gosiers sont secs. Alors ils déposent la dépouille du Comte sur un puits, le délaissant afin de se rafraîchir avec un autre feu, liquide, provenant du vin qui ne pourra dans le fond qu’accentuer leur soif.

La métaphore semble claire et nous explique que les humains ont préféré délaisser l’enseignement limpide et lumineux du Comte de Cagliostro afin de privilégier une connaissance toute humaine et rationnelle, sans profondeur. Ils délaissent le Puits de science et sa vérité ( ne dit on pas que la « Vérité est au fonds du puits » signifiant qu’un travail puissant est a effectuer sur les couches profondes de la conscience humaine). Certes une maxime affirme aussi « In Vino Véritas », mais encore faut il dans ce cas entendre la langue des clercs, ce qui ne semblent nullement le cas ici.

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La taverne et le Puits sont deux endroits différents de rencontres et de tradition.

Dans le premier, espace clos, les vapeurs d’alcools imbibent l’air ambiant et le mental humain tend à s’exalter, à fraterniser parfois mais aussi tendre à la rixe et aux conflits verbaux. Les hommes parlent forts, s’esclaffent bruyamment, se sentant pendant de courts instants les maîtres du monde. La taverne est généralement un symbole du vice et de l’illusion néfaste. Si ce lieu peut apparaître comme un paradis et un lieu d’épanchement, c’est parce qu’elle se pare des voiles séducteurs d’un espace de la consommation de boissons sans entrave. C’est un monde du masculin ou la féminité est exclu, sauf pour la   plastique féminine , adulée et virilisée dans les paroles et la présence de femmes de « petites vertus » ou de «  mauvaises vie » selon les adages.

Les tavernes furent aussi des lieux propices à l’élaboration d’idéaux révolutionnaire, aux débats d’idées animés mais ne tendant jamais à la paix profonde de l’Etre mais plutôt à son bouleversement. Les systèmes nerveux sont mis à rude épreuve.

Le Puits est un espace ouvert des profondeurs terrestres sur le ciel, dans sa verticalité. Il est une image du travail à accomplir dans les replis  de nos inconsciences et de nos ignorances, de nos eaux endormies qu’il convient d’émulsionner et les présenter à la lumière divine afin qu’elles se vivifient.

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Les Puits sont des lieux colportant la Tradition puisque des générations de femmes et d’hommes ont puisé l’eau pour se désaltérer et accomplir les actes de la vie quotidienne. Des rencontres s’y font et dans la bible,  il y a souvent un puits dans les scènes de fiançailles. C'est au puits de la ville de Nahor en Aram que les serviteurs d'Abraham trouvèrent Rébecca pour Isaac. Jacob trouva Rachel à un puits à Haran et Moïse rencontra les sept filles du prêtre de Madiân à un puits. L'une de ces filles était Zippora, sa future épouse.

Le Christ utilisera aussi cet espace pour introduire un enseignement de grande valeur lors de sa rencontre avec la samaritaine.

Symboliquement, l’abandon de l’Alexandre sur cette margelle est un signe important, en relation avec l’œuvre qu’il accomplit avec la Féminité et son enseignement. Peut être était ce aussi un dernier signe de l’Amour qu’il porta à sa femme Saraphina, sa disciple favorite sur qui il travailla expressément.  Oui , le Puits des fiançailles mystiques, Lui et Elle formèrent un couple étonnant et uni et il est rare dans la tradition occidentale d’en avoir un aperçu public. Oh que le Comte s’intéressa au Féminin dans son absolu et s’immergea dans cette Eau, l’humide radical du Monde, afin qu’elle émerge à la lumière, la sortant de ses confinements et de son intériorité. Peu de personne ont pénétré plus avant cette Âme féminine et Cagliostro fut un de ceux là.

Voilà pourquoi son corps fut déposé pendant un court instant sur la margelle du Puits comme pour un dernier hommage à son labeur, et à sa dévotion.

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NICODÈME.

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