La mise en terre de Cagliostro (3). La pierre lumineuse

 

« Ô vous qui menez les âmes parfaites à la demeure d'Osiris, vous qui ouvrez les chemins aux âmes parfaites frayez donc les chemins à mon âme car je suis parti d'ici sans qu'on ait trouvé de faute en moi, la balance a été trouvée vide d'actes répréhensibles de ma part … »

Oh oui, de la profondeur du Puits à la Margelle, il y a tout un travail et tout un espace, du fond à la surface, des ténèbres à la lumière, la montée des eaux dans un seau par l’intermédiaire d’une poulie, que de circulations et de circonvolutions, que d’efforts pour extraire  quelques gouttes d’un élément indispensable à la manifestation de la Vie.

Et de sa prison, du Pozetto joint à sa détresse et à sa souffrance indescriptible, à sa libération de la chair dans la claire conscience, que de leçons.

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Alexandre, l’Ami de l’humanité, protecteur de l’être, défenseur des droits humains devant l’Eternel, incarnation de la Liberté religieuse, celle qui se relie directement au divin, initiateur alchimiste et philosophe est transporté pour son dernier voyage, vers une terre rédemptrice.

Puis nos quatre robustes gaillards, enfin désaltérés  repartent et reprennent le chemin menant à une finalité commune à tout à chacun : le retour vers  la terre mère, au sein initial de la corporalité. Et cela que l’être soit petit ou grand, puissant ou misérable…

Et Marco Perrazonni de se remémorer : « Moi, tenu par la main par un de ma parenté, je suivais le triste et misérable convoi. Comme il n'y avait aucun curé, ce convoi avait un aspect diabolique ».

Cagliostro, quand il était vivant, était assailli par des demandes émanant de tous, pauvres et riches. A son départ de notre planète bleue, il est seul, sans ami, vilipendé, banni par le cercle religieux officiel qui lui refusa les sacrements peut être parce que de son vivant il les avait toujours offerts, gratuitement.

Cagliostro ne sera pas effectivement inhumé dans un cimetière mais dans la lande, « du côté de la colline où elle s’incline vers l’Ouest, à peu près à égale distance des deux constructions, destinées aux sentinelles, dites Il Palazetto et Il Casino.. »

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L’ouest, c’est l’occident, marquant le déclin et le coucher du soleil. Dans la tradition cela représente aussi le royaume des morts, celui des désincarnés.

En maçonnerie les frères entrent dans le temple par l’Occident pour se diriger vers l’Orient.

Et nous remarquerons un autre élément, important, à savoir qu’Alexandre Cagliostro décéda un 26 août, jour de la Saint Zephyrin. Hors ce nom emprunte son étymologie au Zéphyr, personnification du vent d’Ouest. On l’appelait sur les côtes méditerranéennes « vent du Ponant ou du couchant ». Son étymologie dérive de « Zoé, vie » et « Pheirein, porter » signifiant « qui porte la vie ».  En Italie son arrivée annonçait la fonte des glaces. En poésie, il se dit des vents doux et agréables, de ceux qui soufflent au printemps aidant la végétation et particulièrement les jeunes pousses à germer. D’après les poètes, les Zéphirs font éclore les roses. Autant de significations précieuses venant étayer et enrichir la symbolique déjà puissante de ce personnage extraordinaire : Cagliostro dont le nom, rappelons le, était en relation avec le Vent du Sud.

Cette double allusion à l’occident n’est pas anodin. En Egypte, dont notre Grand Cophte avait assimiler les initiations et réactiver certains processus , le maître de l’Occident s’appelait Osiris.  Ce dieu dont nous ne raconterons pas l’épopée mais dont nous souhaitons seulement en rappeler les fonctions essentielles. Osiris, mort et ressuscité, gouverne le royaume souterrain de l'au-delà et règne sur les défunts qui vont accéder à la vie éternelle. Il n’était donc pas innocent que le grand maître de la Maçonnerie Egyptienne en épousa certains attributs occultes car l’enseignement majeur d’Alexandre Cagliostro était bien d’aider les disciples à se purifier,  à combattre l’aiguillon de la mort en pleine conscience mais  aussi d’accéder aux rivages des terres bienheureuses.

Il était donc bien que son corps soit inhumé en Ouest.

Et notre « pupille » du moment, le jeune Perazzoni, de poursuivre :


« Une fois la fosse creusée, le cadavre fut descendu au fond. Sous sa tête, ils mirent un gros caillou, sur son visage un vieux mouchoir, ensuite ils couvrirent de terre. »

Nous assistons à une description curieuse presque rituelle en quelque sorte comme si la providence souhaitait confirmer la mission de notre Comte.

Or cette peinture nous rappelle une opération originale et fort délicate à laquelle Cagliostro excellait et maîtrisait à la perfection, comme si il y avait une forme de projection toute extérieure à une illumination très profonde.

Marc Haven cite un courrier du mystique Saltzmann écrite à Willermoz, en date du 13 décembre 1780 :

« Cagliostro m’a parlé d’une sorte de pierre.. .pour la confection de laquelle il ne lui faut que cinq jours et qui a la qualité de luire en la frottant dans l’obscurité avec un peu de crachat de sorte qu’on peut y allumer une chandelle et qu’on éteint en la nettoyant avec un mouchoir ».

Et en cette circonstance précise, la face illuminée du Maître s’éteignit afin d’allumer  ailleurs ses feux et de projeter ses lumières admirables. Oh oui ce visage que tant vénérait et qui fut une porte véritable pour tous ceux qui souhaitaient se rapprocher du divin Cagliostro.

 NICODÈME.

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