L'echo occulte de l'arrestation

Dans la soirée de ce dernier dimanche de décembre, vers 22 heures, des grenadiers  prirent position sur la piazza Farnèse, devant la demeure des Conti. Ils entrèrent dans la maison puis ils firent irruption dans le salon. Cagliostro s’y trouvait en compagnie du marquis de Vivaldi, qui avait demandé il y a peu son Initiation. Ce dernier alerté par le bruit, sauta par la fenêtre, et s’enfuit dans la nuit.

Cagliostro fut aussitôt maîtrisé par les policiers qui lui lièrent les poignets et le ligotèrent sur une chaise. Impuissant, il assista à la saisie de ses affaires, papiers, insignes, remèdes, poudres, documents. Cette perquisition dura près de trois heures. Cagliostro y assista, immobile et paralysé, entouré de quatre soldats qui ne le quittait pas des yeux.

Puis vers les trois heures du matin, en pleine nuit, il fut placé sous l’escorte de douze grenadiers qui se dirigèrent vers le château Saint Ange.

Cela est la version historique tel que l’on peux lire dans les ouvrages consacrés à l’Ami de l’Humanité.

Ce qui va nous intéresser particulièrement dans cette scène est son écho occulte, dont nous allons essayer de décrypter le sens.

Cagliostro n’est pas seul. Il est en conversation avec une personne qui  a sollicité l’Initiation au Rite Egyptien. Peut être à ce moment lui transmet il quelques conseils. Puis la police fait irruption, interrompant non pas une cérémonie car il n’en est pas fait état, mais la discussion.

Si Cagliostro est maîtrisé, le marquis de Vivaldi parvient à s’enfuir signifiant que l’enseignement et la pensée du Maître va perdurer et ne s’arrêtera pas. Même mieux, nous apprendrons que le marquis de Vivaldi réussira en compagnie de sa femme, ou de sa maîtresse, déguisée en homme à franchir tous les barrages et les frontières. Cela démontre aussi que les leçons de Cagliostro, sa parole et son Verbe franchiront les obstacles, mais ne sera transmis qu’en dehors des cénacles et des institutions, en petit comité, oralement.

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Le marquis de Vivaldi trouva refuge à Venise où il fut reçu et caché par le marquis Solari. Grâce à l'intervention de ce dernier et à celle du cardinal Consalvi, le marquis  obtiendra  la permission de retourner dans son pays. Ils  parvinrent à persuader au pape Pie VI, que cet homme était plus à plaindre qu'à blâmer, et obtinrent son rappel.

Mais Vivaldi deviendra  un ennemi déclaré du gouvernement pontifical, et un jour qu’il se trouva en  présence de Pie VI, il l’apostropha ouvertement en lui disant : « Tyran, ton règne est fini» (peut être pensait il au sort funeste de Cagliostro à cet instant). Il est vrai que l’église traversait alors les tourmentes de la révolution.

Mais revenons à Cagliostro lié sur sa chaise et assistant impuissant au pillage de ses affaires, signifiant que la papauté désire arrêter la propagation de la doctrine égyptienne, dans tous ses aspects doctrinaux.  Pire même cette scène oò il est ligoté sur une chaise signifie occultement qu’il est déjà jugé et condamné ex cathedra, du haut de la Chaire, (Chaise et Chaire ont la même racine étymologique : cathedra), avant même son procès. Quatre gendarmes le surveillent en permanence, image de la réunion de la congrégation de l’inquisition du Saint Office qui réunit le matin même du 27 décembre les quatre cardinaux qui décidèrent de son arrestation, en présence du pape  Pie VI en personne. Mieux cela tendrait à démontrer que Pie VI a reconnu un égal, c’est à dire  un guide spirituel de grande envergure et qu’il en est effrayé.

Dans cette configuration spécifique, Cagliostro marque le Soi, l’Impersonnel, celui qui s’est débarrassé de ses poussières, de ses marques terrestres, tandis que la papauté devient le Moi, l’Ego, prenant peur devant l’abîme que lui découvre le thaumaturge. Le pape a peur, est terrorisé car il a perdu la Confiance c’est à dire la Foi, valeur première de sa catéchèse.

D’ailleurs, une des premières contraintes de l’inquisition sera de faire abandonner ou du moins essayer de débarrasser l’Alexandre de son pseudonyme pour tenter de lui redonner une identité purement terrestre, qu’elle soit Balsamo ou une autre car là n’est pas aujourd’hui le débat, comme si l’église voulait qu’il retrouve un Moi recouvert de toutes les imperfections.

NICODÈME.

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