Le chemin du calvaire

Le 27 décembre 1789, vers 10 heures du soir, Cagliostro est arrêté à Rome. Il est enfermé dans le château Saint Ange, prison papale. Sarafina est portée à Sant Apollonia, un couvent-prison pour les femmes. Pour justifier cet arrêt le Saint Office lance des bruits terrifiants: Cagliostro serait le chef d’un complot ourdi pour renverser le Pape, détruire le Vatican et incendier la capitale du christianisme.

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La nouvelle de l’arrestation de Cagliostro apparaît aussi dans la presse. Un petit journal romain, Cracas, Diario di Roma est le premier à écrire dans son numéro (1566) du 2 janvier 1790:

«Le soir de dimanche 27 décembre 1789, par l’ordre des Supérieures, l’homme connu comme Giuseppe Balsamo, qui a voyagé par l’Europe sous le nom d’Alessandro, comte de Cagliostro a été arrêté par un piquet de grenadiers du régiment Rossi et transporté en carrosse dans la forteresse du château Sant Angelo. Sa femme a été arrêtée aussi et conduite par l’ordre de Sa Sainteté dans le couvent  S. Apollonia. Après la perquisition  on a mis sous séquestre ses documents et on a scellés les portes de la maison qu’il habitait à Rome.»

L’arrestation dans le journal de Tovazzi

Le journal du père Tovazzi, érudit et historien franciscan de Trente fait référence à cet arrestation le 12 janvier 1790:

« Le soir du dimanche, 27 décembre, la maison habitée par Cagliostro à Rome fut entourée par des soldats. Un juge, un notaire et d’autres représentants officiels y sont entrés pour l’arrêter. Ils ont pris ses documents et l’ont porté à la forteresse où il a été enfermé. En même temps, sa femme a été transportée au couvent franciscain de Sant Apollonia.

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Après ces arrestations, vers 3 heures du matin, 75 soldats ont entouré le couvent des frères capucins. Ils ont obligé le gardien de les conduire auprès du père Giuseppe da San Maurizio. Le juge et le notaire ont pris tous ses documents, il a été conduit au couvent de Aracoeli et les franciscains ont reçu l’ordre de le garder strictement.

Un français d’origine illustre et autres dix personnes dont les noms restent secrets ont également été arrêtées. Le père ci-dessus, homme d’esprit  et talent, était un ami intime de Cagliostro et dînait souvent chez lui. Le pape lui avait promis un diocèse et il n’avait aucune obligation religieuse, que de dormir dans le couvent.

A Rome on dit que Cagliostro est un de chef des émeutes de France et un de vrais complices dans l’Affaire du collier. D’autres disent qu’il est arrêté pour avoir ourdi une révolution à Rome. D’autres le veulent franc-maçon.

Ce qui est sûr est d’avoir trouvé deux pièces lui appartenant à Arco della regina (Villa Malta, siège de l’ambassadeur de l’Ordre de Malte à Rome) où il y avait des chaises rangés en symétrie, un fantoche flexible ayant beaucoup de rubans attachés et une curieuse machinerie en bois qui formait un espèce de trône. (L'histoire de la poupée flexibile doit être maginée par l'Inquisition, car d'autres parle de cette "poupée obscène réprésentant une femme, avec tout ce qu'une femme a et habillée d'une robe transparente" qui a été trouvée ,pas chez Cagliostro, mais dans l'atelier du peintre Belle.)

On dit que tout a été découvert grâce à sa femme qui avait l’interdiction de se confesser sous la peine de mort, mais que malgré cela, elle s’était confessée en secret et elle avait promis au confesseur de tout révéler.

On ajoute que le  moment de l’arrestation, se voyant découvert, Cagliostro a essayé de la tuer, en tirant deux coupes du pistolet, mais l’arme n’était par chargée. (Il est neccessaire de préciser que cette histoire doit être un bruit repandu par l'Inquisition, car le moment de l'arrestation Cagliostro a été três vite immobilisé et ligoté sur une chaise.)

Le dimanche 27 décembre le Pape avait réunit les cardinal qui forment la Congrégation de l’Inquisition. Il y avait aussi monseigneur Passeri, le vice-roi de Rome. La Cagliostro est née à Rome et est la fille d’un sculpteur. Cagliostro l’avait pris en mariage pour sa beauté, mais elle avait dit à plusieurs reprises à Trente qu’il était mieux pour elle si elle était laide et difforme.»

L’arrestation dans les lettres de l’ambassadeur français, le cardinal de Bernis

Le cardinal Bernis, ambassadeur de France à Rome écrit le 30 décembre 1789 à Armand Montmorin, le ministre français des affaires étrangers:

«Il y a trois jours, le comte Calliostro (sic) a été arrête. Il a été porté au château Sant Angelo et sa femme dans un couvent. Ce charlatan, plus célèbre qu’il n’en mérite a été reçu ici en printemps sur les insistances de l’archevêque de Trente. On y avait parlé peu de lui, mais on dit qu’il a tenu des réunions secrètes dans les loges des maçons  qui sont interdîtes par une bulle de Benoît XIV. On dit aussi que par ces réunions il essayait  d’y introduire par des cérémonies superstitieuses l’esprit des la secte des Illuminés d’Allemagne et de l’Hollande. Un capucin, pour qui on avait sollicité un évêché in partibus auprès du Pape, a été arrêté lui aussi et est fermé dans le couvent des franciscains du Capitole. »

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Le 6 janvier 1790, toujours au ministre Montmorin:

«Le tribunal du Saint Office continue ses recherches pour découvrir si Calliostro, profitant des réunions secrets des maçons, qui sont interdites à Rome par le bulles de Clément XII et Benoît XIV, n’est  pas le chef de cette secte des Illuminés qui commence a inquiéter le gouverne. On dit qu’on a trouvé dans les documents de Calliostro une prophétie qui annonce que Pie VI sera le dernier Pape et que l’état papal n’appartiendra plus à l’Eglise. Le jeune peintre Belle qui a beaucoup du talent et d’après ce qu’on m’a dit est honnête homme, avait prêté son studio pour des séances maçonniques interdites à Rome. Il ne pouvait pas rompre les serments faites à cette institution singulière et révéler au Saint Office ses secrets. Il s’est donc décidé de retourner en France, près de sone père, un des directeurs des manufactures Gobelin. »

« Il serait assez imprudent de ma part de me mélanger directement ou indirectement en tout ce qui est lié à Cagliostro ou au père Giuseppe di San Maurizio, son confident. » écrit Bernis à Montmorin le 3 févier 1790.

De ce qu’on lit dans la lettre du 3 mars 1790 on voit qu’à la fin il s’implique: « J’ai pris des mesures pour que le jeune artiste, une fois parti pour Paris, soit prudent et se taise. Je ne peux que me féliciter pour la manière dont il a été traité, par respect envers mon nom. On savait que je m’intéresse à lui».

Les maçons de Rome en liberté, Cagliostro sacrifié

Il est à remarquer! La nuit du 27 décembre il y a eu une double action des autorités romaines: d’une part l’arrestation de Cagliostro à Piazza Farnèse, d’autre part la perquisition chez le peintre français Augustin Louis Belle à Trinita dei Monti. L’atelier de Belle était le lieu des réunions maçonnique de Rome, de la loge « Les amis sincères ».

Mais quel lien entre les deux? En 1789, Cagliostro avait déjà rompu depuis des années avec la maçonnerie, qu’il nommait  « voie dangereuse, portant a l‘athéisme ».  A Rome, il n’a jamais fréquenté la loge de Belle. Cela a été confirmé pendant le procès.

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Une seule personne, un cuisiner qu’il avait licencié – Giovanni Modò – affirme pendant le procès que Cagliostro « s’était inscrit dans la loge maçonnique de Rome ». A la fin, ce témoignage se révèle si faux qu’il n’est même pas prix en considération. Par peur de se décrédibiliser, vu le mensonge trop évident? Par crainte de fouiller un sujet incendiaire, vu le nombre de personnages importants et de membres de l’église qui fréquentaient cette loge malgré l’interdiction? Nous ne le savons pas, mais le fait reste et est noté dans les documents de l’Inquisition : Cagliostro n’a pas participé à des tenues maçonniques à Rome, donc il n’avait pas de motif  pour l’arrêter, car il respectait la loi papale.

Puisque l’accès et l’appartenance de Cagliostro aux loges de Rome, témoignés par Modò et la voix publique (!!!c’est étrange de considérer la voix publique un témoigne sérieux) ne sont pas confirmés par les autres épreuves, il ne sera plus interrogé à ce sujet», on a enregistré dans le documents du procès. Mais – et ici est le grand problème qui montre les efforts de condamner Cagliostro sous n’importe quel prétexte – le procès qui manque d’épreuves pour soutenir son accusation originale continue à la recherche d’autres accusations.

Parmi les documents du procès il existe aussi une lettre du Baly de Loras, le chef de la maçonnerie romaine où il affirme que „sa société maçonnique n’a aucun rapport avec les travaux du célèbre Cagliostro et que son nom ne se trouve pas sur les liste de membres de cette loge.»

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Carlo Antonini, un de principaux témoignes de l’accusation confirme : «Cagliostro fut si prudent de ne pas violer cette interdiction qu’il a même refusé une invitation du Baly di Loras d’assister à une tenue maçonnique. Non seulement il n’accepta pas l’invitation, mais il montra si ostensiblement son indifférence à ce sujet, qu’il n’est même pas sorti de la maison pendant toute la journée.»

Le rôle joué par Antonini est très important, il sera approfondit à une autre occasion. Pour le moment il est important de mettre en évidence que les vrais maçons de Rome, tels comme Auguste Belle ou le Baly de Loras se sont mis à l’abri et n’ont pas été arrêté. Le Baly de Loras est un autre personnage important, car il est le seul lien entre Cagliostro et les maçons de  Rome. Il était chevalier de Malte et visait la place d’ambassadeur de l’Ordre près du Saint Siège. Il connaissait sans doute Cagliostro et l’avait prié d’écrire au Cardinal de Rohan, parent de l’actuel Grand Maître des Chevaliers, pour que ce dernier l’aide à devenir ambassadeur de l’Ordre à Rome. Cette lettre avait été trouvé parmi les documents de Cagliostro, lors de l’arrestation. Le 27 décembre Loras s’est enfuit à Malte, craignant une arrestation.

Sous les yeux de l’Ange

Mais Cagliostro ne s’en va pas.  Pourtant il connaît le danger qu’il doit affronter. Le chef de la Douane, Giuseppe Ferreti l’avait averti que le Saint Office fait des démarches pour l’arrêter sous un prétexte ou l’autre. Il ne s’en va pas, parce qu’il est sûr de son innocence, mais aussi parce qu’il doit accomplir sa destinée.

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Le soir du 27 décembre il va parcourir le chemin vers sa prison, le château Saint Ange. Ancienne tombe de l’empereur Hadrien, il est aussi le lieu  où l’archange Michael s’est manifesté visiblement (tel comme dans les cérémonies de Cagliostro) pendant la grande peste de 590. Le pape de l’époque, Grégoire Ier avait vu l’archange Michael au dessus du monument, remettant son épée au fourreau, ce que signifiait la fin de l’épidémie. Pour montrer la reconnaissance, une statue représentant l’Archange a été élevée sur le monument. D’ailleurs, il était une tradition assez répandue à Rome de mettre de statues ailées au dessus de monuments pour marquer une victoire.

Michael (celui qui est pareil à Dieu) est connu comme le commandant des milices célestes, le guerrier de la lumière divine qui triomphe sur les ténèbres. La main il tient une épée et il soumet Satan, représenté par le serpent ou le dragon dont  il écrase la tête de son pied. Il veille les pèlerins et les étrangers (Cagliostro était un voyageur), qu’il inspire et protége ceux qui travaillent dans la solitude et l’humilité. Il est  toujours prêt à aider ceux qui souffrent, les âmes bonnes et pures, abandonnés ou comblées par les peines.

Les traditions juives, chrétiennes et islamiques considèrent Michael comme le plus grand des anges. Il est connu sous des noms différents: Le Porteur des Clefs du Paradis, Le Gouverneur des Archanges, L’Ange de la Repentance, de la Pitié et de la Sainteté, Le Prince de la Présence Divine, Le Gardien de Jacob, L’Ange du buisson ardent.

Il est appelé aussi L’Ange Bienveillant de la Mort parce qu’il conduit vers l’immortalité. Il est représenté une balance dans la main pour pèses les actions des humains, lors du dernier Jugement.

C’est donc dans ce château, veillé par l’archange Michel, que Cagliostro passera les suivants 16 mois. Des longs mois de souffrance, de réclusion, de solitude, d’épreuves, d’injustice et de torture. Son calvaire commencera le 27 décembre, par la traversée du pont du château. Il y passera entre les deux files de statues représentant Saint Pierre, Saint Paul et dix anges, portant des objets liés au calvaire du Christ.